Errare humanum est, perseverare diabolicum
Edito de Risques & Qualité – Volume XVIII – n°4 – Décembre 2021

Par Rola Hammoud1,2, Rémy Collomp3

L’erreur médicale est la troisième cause de décès aux États-Unis comme le montrent régulièrement des études. Oui, et pas uniquement aux États-Unis, les erreurs se produisent encore dans l’ensemble des milieux hospitaliers, et avec une forte proportion d’évitabilité. Suivant leurs origines, elles sont classifiées en différentes catégories, erreurs de commission ou d’omission, de planification ou d’exécution… ou selon leur degré de réalisation, quasi-accidents jusqu’aux accidents. La taxonomie est large et variée, les pratiques sont diverses mais le résultat potentiel principal est unique : « préjudice au patient ». Le préjudice ira d’une simple réaction à un médicament ou un dommage plus grave ou à la perte d’un organe nécessitant d’autres interventions et une prolongation du séjour à l’hôpital ou encore plus grave, au décès.
La sécurité des patients est bien désormais une préoccupation mondiale, au centre d’un système bien plus large que les professionnels de santé directement impliqués, associant les patients et leurs représentants, les gestionnaires des risques, les managers, les institutions nationales et internationales, les industriels dans le domaine de la santé (médicaments, dispositifs médicaux, biomédical) mais aussi, plus récemment, dans le domaine des technologies de l’information et de l’intelligence artificielle.
Alors où en sommes-nous, professionnels de santé et praticiens, à partir de ce constat ? Qu’avons-nous appris de nos propres actions précédentes en termes de sécurisation de nos pratiques ? Quelle doit être notre place, et surtout quelles sont nos actions possibles au sein de l’approche systémique telle que décrit dans le modèle de Reason ou « fromage suisse » ? Au-delà de notre rôle direct, de fait, dans la dimension « individu » (connaissances-compétences individuelles), nous devons être également proactifs dans les autres dimensions. Ainsi, et c’est un axe majeur, nous devons, chacun d’entre nous, promouvoir la prise en compte des facteurs humains et organisationnels dans nos pratiques quotidiennes ainsi que la formation aux compétences non techniques : la gestion des tâches, le travail en équipe, la perception de la situation, la prise de décision ainsi que la communication. Le développement massif de la simulation, tant en formation initiale que continue, devrait faciliter l’atteinte de ces objectifs ambitieux. Enfin, de manière coordonnée et synergique avec les managers, nos actions doivent porter jusqu’à la gouvernance, visant un soutien réel de la direction « à tous les étages » et l’élaboration des politiques efficientes de sécurisation. C’est cet ensemble qui devrait constituer, enfin, un environnement propice au développement, toujours lent, d’une culture de sécurité partagée, une « culture juste », basée sur la confiance et la communication, reposant sur un juste dosage entre reconnaissance et sanctions, attendu tant par les professionnels de santé que par les patients.

1- Clemenceau medical centre – Dubaï – Émirats arabes unis
2- Lebanese society for quality & safety in healthcare – Beyrouth – Liban
3- Centre hospitalier universitaire de Nice – Nice – France