Covid-19 : anticiper et gérer globalement
Edito de Risques & Qualité – Volume XVIII – n°1 – Mars 2021

Par Pascal Forcioli*.

La gestion de la situation épidémique liée à la Covid-19 et de la stratégie vaccinale contre le virus illustre de manière significative la complexité de la gestion d’un risque sanitaire majeur, de longue durée et de grande ampleur aux niveaux territorial et populationnel. Dans cette gestion, l’analyse bénéfice-risque des décisions ne se limite pas à l’impact des mesures à prendre sur la santé physique et psychique des personnes, et prend en compte d’autres multiples dimensions : économique, sociale, politique, territoriale, culturelle, sociétale, humaniste…

La gestion des équipements de protection individuelle (EPI) au début de l’épidémie puis, par la suite en est un exemple aussi. En mars, en contexte de pénurie des EPI, on choisit d’en faire une gestion malthusienne appuyée sur les arguments scientifiques du moment recommandant la protection des personnes à risque et des professionnels de santé exposés. Puis aujourd’hui on recommande le port du masque partout par tous en expliquant que le masque chirurgical industriel protège mieux que le masque en tissu artisanal.

La gestion de la vaccination aujourd’hui en est au même point. Au démarrage, les pouvoirs publics au niveau national et les autorités sanitaires dans les régions et départements ont, dès la 1er semaine de janvier 2021, lancé la campagne de vaccination en la ciblant sur les professionnels de santé de plus de 50 ans et ceux à risque pour protéger prioritairement les soignants et maintenir la ligne de front dans la lutte contre le virus, ainsi que sur les personnes âgées hébergées dans les Ehpad pour éviter la multiplication des clusters et diminuer la surmortalité. Dans cette phase, le pilotage était assuré sous l’égide des agences régionales de santé (ARS) en appui avec les hôpitaux supports des groupements hospitaliers de territoire, et la campagne démarrait de manière organisée et contrôlée.

Puis, pour satisfaire une demande de nature plus sociétale, le gouvernement a ouvert à compter du 18 janvier la vaccination aux plus de 75 ans vivant à domicile et encouragé avant cette date la mise en place de nombreux centres de vaccination partout sur le territoire en s’appuyant sur les communes et les maires. Dans cette phase où plusieurs acteurs ont exercé un pilotage parfois cacophonique (ARS, administration préfectorale, élus), l’objectif est devenu d’ouvrir le plus vite possible le plus de centres possibles et de programmer le plus de rendez-vous, en appui avec les médecins de ville et des systèmes de prise de rendez-vous en ligne (comme Doctolib ou Keldoc). La course au vaccin s’est ainsi emballée entre le 11 et le 22 janvier, redonnant à la population générale une certaine espérance se traduisant dans une adhésion à la vaccination et dans une confiance dans le produit.

Le hic a été l’absence d’anticipation d’une défaillance temporaire dans la production du vaccin, annoncée en fin de semaine le 15 janvier, conduisant à une rupture momentanée dans la chaîne de vaccination, avec une déprogrammation des premières injections à début ou mi-février, un report du délai de la 2e injection de 21 à 28 jours (voire 6 semaines comme vient de le recommander la Haute Autorité de santé), le tout dans un contexte aggravé par la diffusion depuis mi-janvier de plusieurs variants au virus du Sars-CoV-2, plus actifs, plus contagieux et plus à risque de développement de complications pour les personnes fragiles. Cette nouvelle situation, outre qu’elle génère de la frustration chez les personnes qui croyaient pouvoir se faire vacciner rapidement, des élus qui sur le terrain se sont démenés pour organiser des centres de vaccination, peut aussi générer une remontée du mouvement vaccinosceptique et des fake news, propice au repli de chacun sur soi et à la peur de l’autre. L’Histoire nous montre où de tels penchants ont pu conduire.

Dans ce nouveau contexte, la gestion du risque sanitaire conduit à poser la question du reconfinement et du choix du niveau et de l’étendue de celui-ci : quelles activités maintenir, lesquelles suspendre, cibler ou pas des territoires (régions ou départements) ou, selon le principe d’égalité, appliquer partout la même règle créant au final de l’iniquité… La prise de décision dans un tel contexte doit appréhender le plus d’aspects et d’impacts possibles. Elle revient au bout du bout à une seule autorité qui en portera la responsabilité devant tous.

*Centre hospitalier Georges Mazurelle, La Roche-sur-Yon