Edito d’Hygiènes – Volume XXVI – n°5 – Novembre 2018

Contrôler le sepsis nécessite une forte motivation politique

Par Jean Carlet*

Le sepsis est une infection grave, avec présence d’au moins une défaillance d’organe (rein, poumon, cœur, foie, cerveau). Il ne s’agit pas d’une maladie précise, mais d’un syndrome lié à de multiples causes. La phase ultime de ces infections graves est le choc septique, mieux connu de tous. On estime grossièrement à 30 millions le nombre de cas annuel de sepsis au niveau mondial. La mortalité due à ce syndrome a baissé ces dernières années (actuellement autour de 15 à 20 %). Celle du choc septique reste très élevée, entre 40 et 50 %, et aucun médicament spécifique au sepsis n’a été découvert jusqu’alors. Très peu de personnes dans le grand public, parfois même au sein du corps médical, connaissent le terme de sepsis. Ceci rend complexe la formation à ce syndrome ; et explique certainement en partie le manque de connaissances et de réactivité face à ce dernier, qui a toujours existé mais qui apparaît comme une pathologie toute nouvelle. Certains spécialistes de cette pathologie, moi y compris, pensent qu’il aurait mieux valu conserver le terme d’infections graves et de choc septique, que tout le monde comprend. Il est sans doute trop tard pour engager une telle croisade.

L’apparition d’un sepsis ou d’un choc septique est très souvent liée à des retards dans le diagnostic et la thérapeutique des défaillances d’organe lors d’une infection. Il n’est pas forcément aisé d’évoquer un sepsis pour un non-réanimateur, par exemple devant une fièvre accompagnée de troubles de la conscience (désorientation, somnolence, etc.), en particulier chez les personnes âgées. Certains symptômes sont de nature biologique (insuffisance rénale, atteinte hépatique) et souvent non disponibles. Le traitement du sepsis est généralement simple, et comporte un traitement antibiotique immédiat, dans les deux heures (après les prélèvements à visée bactériologique, tout particulièrement les hémocultures), et un remplissage vasculaire.

La prise en charge de ce syndrome nécessite la motivation de nombreux acteurs, en particulier des décideurs politiques. Chaque pays doit mettre en place un programme multidisciplinaire. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait paraître assez récemment une résolution allant dans ce sens [1], qui a considérablement aidé à une meilleure connaissance de ce syndrome et à la mise en place de programmes nationaux plus ou moins complets. Cependant, il surprenant de constater qu’il n’existe actuellement aucune unité à l’OMS responsable de ce thème. Il existe une certaine confusion, en particulier au sein de cette institution, entre sepsis et résistance bactérienne. Bien que certaines infections liées à des bactéries multirésistantes soient responsables de sepsis (cependant 70 % des cas de sepsis sont communautaires), il serait scientifiquement inexact, et sans doute dangereux de confondre les deux.

Les programmes nationaux peuvent comporter des actions d’éducation des médecins généralistes, des urgentistes, des services d’aide médicale urgente (Samu) et d’autres médecins hospitaliers (le sepsis n’est pas enseigné à la faculté), des infirmières et du grand public. Ils peuvent aussi comporter des actions plus ambitieuses, en place dans certains pays comme le Royaume-Uni ou les États-Unis, visant à inciter les médecins et les patients à suspecter le sepsis sur des signes simples (comme on le fait pour l’infarctus et les accidents vasculaires cérébraux) et à adresser immédiatement les patients à l’hôpital (directement en réanimation par le Samu ou les pompiers si l’état du malade paraît grave). En France, un groupe de travail mandaté par le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, et coordonné par Djilali Annane a été mis en place récemment, réunissant des représentants de toutes les spécialités impliquées dans la prise en charge du sepsis. Il doit remettre bientôt un rapport sur la dizaine de mesures à mettre en place rapidement. Restera à la ministre à décider si ce programme lui paraît prioritaire. Sa mise en place nécessitera des ressources… comme toujours !

*Président de l’Alliance contre le développement des bactéries multirésistantes (ACDEBMR/World Alliance Against Antibiotic Resistance [Waaar]).

Note:

1- Resolution of the World Health Assembly (WHA). Improving the prevention, diagnosis and clinical management of sepsis. WHA; 29 May 2017. 4 p. Accessible à : http://apps.who.int/gb/ebwha/pdf_files/WHA70/A70_R7-en.pdf?ua=1&ua=1 (Consulté le 23-11-2018)