Edito d’Hygiènes – Volume XXV – n°4 – septembre 2017

par Pascal Astagneau*

 

L’hygiène des mains : une mesure phare pour la sécurité des patients ? Oui, encore faudrait-il en convaincre la communauté médicale et du soin. Alors que depuis plus de quinze ans, les études internationales s’accumulent pour montrer que l’utilisation des produits hydro-alcooliques est efficace pour réduire le risque infectieux, le taux d’observance reste notoirement insuffisant chez les soignants, en France et dans de nombreux pays où les évaluations sont disponibles.

Le programme national d’actions de prévention des infections associées aux soins (PROPIAS) recommande une approche centrée sur le patient. Celui-ci, acteur de sa propre sécurité comme moteur de la promotion de l’hygiène chez les soignants, est probablement l’une des clés de réussite du programme. Certains pays ont intégré depuis longtemps ce rôle des patients dans la prise en charge médicale, véritable clé de voûte de la démocratie sanitaire. En France, nous sommes en retard dans ce domaine, probablement du fait d’une réticence de certains soignants ou médecins, mais aussi à cause d’un déficit culturel vis-à-vis de la prévention en santé en général.

Il faut que nous arrivions à créer une dynamique, en s’appuyant sur les représentants associatifs et les usagers qui s’impliquent dans nos réseaux d’hygiénistes ; mais aussi en s’aidant des nouveaux outils de communication, notamment des réseaux sociaux, pour toucher un public plus large. Il faut aussi surmonter les nombreuses réticences ou les craintes du monde médical, pour qu’il change ses comportements, accepte l’idée qu’aujourd’hui le patient est souvent très bien informé sur les risques, en particulier infectieux, et peut lui-même contribuer à améliorer la qualité de sa prise en charge. Les travaux en sciences sociales et comportementales, tout autant que dans le domaine du management, sont certainement d’une aide précieuse pour tenter de comprendre les déterminants de l’adhésion des professionnels de santé à un modèle qualité-sécurité qui intègre le patient. Un challenge de plus à venir pour la santé publique en France.

*Professeur des universités, praticien hospitalier et responsable du centre d’appui pour la prévention des infections associées aux soins (CPias) Île-de-France.

Hygiènes – Volume XXV – n°4 – Septembre 2017