Équipements de protection individuelle
Préface Hygiènes – Volume XXIX – n°5 – Novembre 2021

Par Joseph Hajjar*


« Il n’y a pas de science exacte des choses d’ici-bas et il convient d’aborder les événements avec prudence et humilité. » Héraclite


D’aucuns peuvent s’interroger sur l’intérêt en 2021 d’un thématique sur les équipements de protection individuelle (EPI) tant ils ont été largement décrits dès les années quatre-vingt-dix. Les professionnels de l’hygiène hospitalière et de la prévention du risque infectieux ont tout d’abord disposé du document Isolement septique élaboré conjointement par le Comité technique national des infections nosocomiales (CTIN) et la Société française d’hygiène hospitalière (SF2H) relatif aux recommandations pour éviter la transmission d’un agent infectieux, connu ou présumé, à des individus non infectés et non porteurs mais réceptifs [1]. L’importance de la protection des professionnels par des EPI (associée à une hygiène des mains) a été rappelée lors de l’épisode de syndrome respiratoire aigu sévère (Sras) en Asie du Sud-Est en 2003 par l’étude cas-témoins de Seto et al. montrant que le risque d’être contaminé par le coronavirus était divisé par treize [2]. Trois autres documents plus récents sont venus conforter ces mesures dont le port d’un masque médical ou d’un appareil de protection respiratoire (APR) selon leurs indications respectives [3-5]. En janvier 2020, dès le début de la pandémie à SARS-CoV-2, la SF2H diffusait des recommandations opérationnelles (avis et vidéo pédagogique) pour la prise en charge des cas suspects ou atteints [6-7]. Il s’agissait, si besoin était, de permettre aux équipes opérationnelles d’hygiène d’actualiser leurs protocoles.

Mais ce numéro spécial est pleinement justifié de par la situation extraordinaire de l’épisode de la Covid-19 qui a mis l’ensemble des EPI au centre du débat comme jamais cela ne l’avait été auparavant :

  • découverte et diffusion pandémique d’un nouvel agent pathogène dont les modes de transmission et leur hiérarchie en communautaire et en établissement de santé restaient à définir ;
  • pénurie mondiale et généralisée sur tous les EPI ayant obligé les différents acteurs (i) à réfléchir sur leur juste utilisation ; (ii) à les réserver/les changer aux moments les plus à risques de transmission au-delà des recommandations antérieures ; (iii) à envisager des alternatives à leur usage unique.

Au moins trois objectifs ont été retenus pour l’élaboration de ce thématique.

  • Le premier est une mise au point des éléments constitutifs d’un EPI (masques et APR, protection oculaire, tenue et gants) en termes de réglementation, normes, indications et modalités pratiques d’utilisation. Des acteurs de terrain, impliqués sur le plan régional et local, ont relaté la manière dont ils ont géré l’impact de la situation sanitaire, notamment en période de pénurie, sur l’approvisionnement de ces dispositifs de protection, y compris par le recours à des procédures dégradées. Des collègues en dehors de l’hexagone ont également été sollicités ; ils ont décrit, face aux nombreuses difficultés dont la disponibilité et l’accessibilité de masques de bonne qualité, comment ils ont adapté les besoins et assuré une utilisation rationnelle et appropriée des EPI.
  • Le deuxième concerne les débats scientifiques sur les modalités préférentielles de transmission du SARS-CoV-2 : gouttelettes ou aérosols. Ce débat n’est pas nouveau, dans Surveiller et prévenir les infections associées aux soins [8], il était rappelé que « les caractéristiques de la transmission par l’une ou l’autre voie ne sont pas aussi tranchées car il existe des situations ou des pathogènes pour lesquels les modes de transmission peuvent se combiner. Ainsi, le principal mode de transmission de la grippe est par gouttelettes, mais une transmission aérienne est aussi possible en situation de pandémie ». Cependant, il n’a pas été tranché au cours de cette pandémie, le virus étant « porté par des particules de toutes tailles (submicroniques ou de plusieurs micromètres) émises ensemble lors de la respiration, de la parole, de la toux et des éternuements ». Durant cette période, de nombreuses études sur les modes de transmission du Sras-CoV-2 et de l’efficacité respective conférée par les masques et les APR dans cette transmission ont été publiées. Il a paru indispensable dans ce thématique d’examiner l’intérêt et les limites de ces études, la plupart expérimentales (dont une récente, portant sur 19 patients, conclut qu’isoler le Sras-CoV-2 viable à partir d’échantillons d’aérosols respiratoires reste difficile et que des études à plus grande échelle sont nécessaires) [9].
  • Le dernier est suscité par l’éclosion de différentes propositions pour le retraitement des EPI à usage unique, plus particulièrement les masques médicaux et les APR. Là aussi, il s’est avéré incontournable : de faire la part entre procédés non validés et process méritant d’être examinés ; de rappeler que, si l’OMS a publié des mesures temporaires de dernier recours à adopter dans les situations de crise uniquement lorsque de graves pénuries d’EPI peuvent se produire, le retraitement n’a pas été retenu en France puisqu’il est réglementairement interdit de réutiliser l’usage unique [10]. Cependant, ce sujet est l’occasion de mener une réflexion approfondie sur des dispositifs initialement conçus pour être réutilisables, apportant une contribution aux problématiques d’impacts environnementaux.

L’histoire est un éternel recommencement (les épidémies n’y échappent pas) et l’historique introduisant ce thématique le rappelle ; mais il faut déjà penser le futur en envisageant les stratégies d’adaptation en situation de pénurie, l’évolution et les prospectives en matière de protection individuelle face aux agents infectieux transmissibles.

Les coordinateurs remercient très chaleureusement tous les auteurs qui, malgré l’indiscutable charge de travail à laquelle ils ont été soumis depuis le début de la pandémie, ont apporté leur contribution à la réalisation de ce document.

*Praticien honoraire des hôpitaux – Pau – France