Oui, une nouvelle revue est bien nécessaire !
Edito Hygiènes – Volume XXIX – n°4 – Septembre 2021

Par Jean-Ralph Zahar, Jean-Winoc Decousser, Véronique Merle, Ousmane Traoré, Sara Romano-Bertrand, Jacques Fabry

Les six signataires de cette lettre sont directement impliqués dans le management de la revue Hygiènes. Notre sentiment est qu’elle joue pleinement son rôle de ciment de la profession en partageant les expériences et expertises dans notre domaine de prédilection avec un lectorat large et fidèle, à la fois paramédical et médical1. Cela est dû à son orientation professionnelle (mises au point, comptes rendus d’expériences et de pratiques innovantes, recommandations, supports de formation…) et à sa publication en français, la langue de nos lecteurs. Ce rôle est indispensable et n’a jamais été remis en cause. Il doit être maintenu et encore renforcé.

Toutefois comme toutes les médailles, celle-ci a son revers. Le caractère francophone de notre revue et la priorité donnée aux enjeux professionnels rendent quasiment impossible un référencement international large de la revue. Cela nuit indubitablement à la visibilité de notre communauté et de ses travaux au niveau européen et mondial. Ainsi les idées, les problématiques et les travaux des équipes françaises (comme d’ailleurs ceux d’autres pays européens, méditerranéens et africains) qui mériteraient d’être partagés avec le plus grand nombre sont insuffisamment diffusés et discutés au niveau international. Cela doit changer ! Malgré les efforts et succès de certains collègues souvent rattachés à des équipes de recherche, la présence des travaux des hygiénistes français dans les revues dites « internationales et référencées » doit être renforcée significativement. En 2015, les anesthésistes-réanimateurs français (Sfar) ont relevé le défi en créant deux nouvelles revues à large audience locale pour l’une et internationale pour l’autre2. Les réanimateurs médicaux (SRLF) et d’autres spécialistes ont fait de même. Le monde de l’édition scientifique est en pleine mutation avec une évolution irrésistible vers une diffusion rapide, gratuite et accessible universellement sur le web. Il est temps de prendre le train au risque de rester sur le quai. L’épisode de la Covid-19 a montré, s’il en était encore nécessaire, l’importance du partage des données scientifiques qui est un devoir pour tous. Néanmoins, une fois passés la tourmente des grands médias et le temps des communications orales et affichées, seuls les travaux et communications publiés et référencés resteront.

Nous avons besoin d’une tribune ouverte aux membres de notre société et à ceux d’autres sociétés partenaires en France et dans le monde. Dans quelles directions proposons-nous de travailler :

  • Une revue à haute crédibilité scientifique et qui privilégie la publication de travaux ayant un impact potentiel réel sur la sécurité des soins, la maîtrise des risques infectieux et celle des autres risques associés aux soins, et dont la qualité mérite un partage avec le plus grand nombre, au-delà de la francophonie. D’où un titre ambitieux : Advances in patient safety.
  • Une revue transversale s’enrichissant des multiples dimensions de notre discipline : épidémiologie, clinique, microbiologie, analyse des risques, évaluation des pratiques, organisation des soins, étude des comportements, communication et psychologie sociale… Toutes concourent à la prévention du risque infectieux et à la sécurité des soins.
  • Une revue en anglais, première condition d’une diffusion potentielle large des travaux originaux ou des autres textes (revues générales, opinions…) publiés.
  • Une revue uniquement on-line, en accès libre, deuxième condition d’une diffusion immédiate et large des textes publiés.
  • Une revue gratuite (pour le lecteur), troisième condition d’une forte diffusion. Ce point est évidemment sensible. Pour de nombreuses revues scientifiques en open-access exclusif ou non, considérées ou non comme prédatrices, la charge du financement a été reportée sur les auteurs des textes. Cela a conduit à des tarifs considérables3, uniquement accessibles à des équipes de recherche généreusement dotées, mais impensables pour la plupart des équipes hospitalières et plus encore pour les équipes de soins infirmiers. Notre nouvelle revue devra se montrer vertueuse à cet égard en ne collectant que des charges raisonnables de traduction ou d’assistance rédactionnelle et en proposant des dérogations. Cette revue aura également pour objectif d’aider le plus grand nombre d’entre nous à atteindre le niveau de fond et de forme indispensables à une communication scientifique internationale.
  • Enfin une revue rigoureuse sur le plan éthique avec un comité éditorial international reconnu, un respect strict des recommandations éditoriales ICNJE et Cope, et une organisation on-line de qualité permettant les discussions et éventuelles contestations et rétractations. Ce sont les conditions d’un rapide référencement dans les bases de données internationales seules garantes de la visibilité de nos travaux.

Nous lançons ce jour le top départ de cette revue dont nous rêvons depuis longtemps, une revue pour nous tous dont les ponts et liens avec les revues Hygiènes et Risques & Qualité restent à construire. La réussite de cette revue ne sera possible que si nous restons exigeants et inventifs. Alors n’hésitons pas à soumettre nos travaux, nos idées et nos opinions et mobilisons nos collaborateurs, nos amis et nos partenaires, afin que demain le succès international de cette revue rejoigne le succès français d’Hygiènes. Insistons sur la dimension collective d’une revue on-line : elle peut être un lieu vivant de débat. Car il n’y a pas de science sans remises en cause, sans débats, ni contradictions. Une phrase, faussement attribuée à Voltaire4, ne pourrait-elle pas nous guider : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ».

Notes :

1- La même remarque peut être faite au sujet de la revue sœur, Risques & Qualité, destinée aux différents professionnels de la gestion des risques et de la qualité en milieu de soins.
2- Anesthésie & Réanimation ; Anæsthesia, critical care and pain medicine (en anglais).
3- Exemples : de 3 000 € HT (BMC Medicine) à 3 400 € (Plos Medicine), voire 4 000 € (BMJ Open) pour la publication d’un compte rendu de recherche.
4- Voir : https://www.projet-voltaire.fr/culture-generale/voltaire-citation-apocryphe-je-ne-suis-pas-d-accord-avec-vous/ (Consulté le 17-08-2021).