Pour la qualité des soins, une nouvelle revue est nécessaire !
Edito de Risques & Qualité – Volume XVIII – n°3 – Septembre 2021

Par René Amalberti, Dan Benhamou, Rémy Collomp, Patrice François, Mondher Letaief, Mathieu Louiset, Philippe Michel, Jean Petit, Michel Sfez, Jacques Fabry

Les signataires de cette lettre contribuent activement au processus éditorial de la revue Risques & Qualité et sont convaincus de son utilité. Depuis 18 ans, notre revue est un outil d’information, de dialogue et de formation au bénéfice de la communauté des professionnels impliqués dans la gestion des risques et de la qualité. Elle joue un rôle de ciment de ces acteurs du fait même de cette orientation professionnelle et pratique (mises au point, comptes rendus d’expériences et de pratiques innovantes, recommandations, supports de formation…) et de sa publication en français, la langue majoritaire de nos lecteurs. Sa diffusion est large dans les structures de soins de France et d’autres pays francophones. Son rôle est indispensable, il doit être maintenu et encore renforcé.

Le texte de cet éditorial rejoint les idées d’un autre éditorial publié récemment dans la revue Hygiènes qui elle s’adresse aux professionnels de la prévention des infections acquises en milieu de soin1. Nous rejoignons les idées formulées et reprendrons souvent ci-après les mots mêmes de nos collègues hygiénistes.

La revue Risques & Qualité, seule revue francophone sur le sujet, est certes un succès. Toutefois « comme toutes les médailles, celle-ci a son revers ». Son caractère francophone et son orientation éditoriale professionnelle « rendent quasiment impossible un référencement international large ». Or seul ce qui est publié et référencé, diffuse et reste. Nos idées, nos problématiques de qualité et de sécurité, les travaux des équipes françaises, ceux d’autres pays européens, méditerranéens et africains, resteront-ils ? Sont-ils vraiment accessibles à un public international, malgré les efforts louables de quelques équipes ? Ou restons-nous dans les marges du flot continu de publications des pays anglo-saxons2 ? Cela doit changer ! Récemment, les anesthésistes et les réanimateurs français ont relevé le défi en créant deux nouvelles revues à large audience3 parallèlement à leurs revues professionnelles, avec un franc succès international. De plus le monde de l’édition scientifique connaît de profondes mutations avec une évolution irrésistible vers une diffusion rapide, gratuite et accessible universellement sur le web. Il est temps de prendre le train.

Aussi partageons-nous avec nos collègues de la revue Hygiènes le projet d’un média scientifique complémentaire ouvert à l’ensemble des chercheurs et professionnels de la gestion des risques et de la qualité en France et dans les autres pays amis et voisins. Dans quelles directions proposons-nous de travailler ? (citation) :

  • « Une revue à haute crédibilité scientifique, privilégiant la publication de travaux ayant un impact potentiel réel sur la sécurité des soins et la maîtrise des risques de tous ordres associés aux soins. D’où le titre proposé : Advances in Patient safety4.
  • Une revue transversale s’enrichissant des multiples dimensions de nos travaux : épidémiologie, clinique, microbiologie, évaluation, organisation des soins, analyse des comportements, communication et psychologie sociale… Toutes concourent à la sécurité des soins.
  • Une revue en anglais, première condition d’une diffusion potentielle large des travaux originaux ou autres (revues générales, opinions…).
  • Une revue uniquement en ligne (online), en accès libre, deuxième condition d’une diffusion immédiate et large des textes publiés.
  • Une revue gratuite (pour le lecteur), troisième condition d’une forte diffusion. Ce point est évidemment sensible. Pour de nombreuses revues scientifiques en open access exclusif ou non, considérées ou non comme prédatrices, la charge du financement a été reportée sur les auteurs des textes. Cela a conduit à des tarifs exorbitants5, uniquement accessibles à des équipes de recherche généreusement dotées, mais impensables pour la plupart des équipes hospitalières et plus encore pour les équipes de soins infirmiers. Notre nouvelle revue devra se montrer vertueuse à cet égard en proposant notamment des dérogations et en ne collectant que des charges raisonnables de traduction ou d’assistance rédactionnelle.
  • Enfin une revue rigoureuse sur le plan éthique avec des comités (éditorial et de rédaction) internationaux reconnus, un respect strict des recommandations ICNJE et Cope et une organisation online de qualité permettant les discussions et éventuelles contestations et rétractations. Ce sont les conditions d’un rapide référencement dans les bases de données internationales.

Le top départ est donné. Le chemin est difficile, avec plusieurs mois de dur labeur. « La réussite de cette revue ne sera possible que si nous restons exigeants et inventifs. Alors n’hésitons pas à soumettre nos travaux, nos idées et nos opinions et mobilisons nos collaborateurs, nos amis et nos partenaires, afin que demain le succès international de cette nouvelle revue rejoigne le succès français des revues Risques & Qualité et Hygiènes. » Ayons de l’ambition, « un vice qui peut engendrer la vertu » nous rassurait Quintilien au premier siècle de notre ère !

Notes :

1- Zahar JR, Decousser JW, Merle V, Traoré O, Romano-Bertrand S, Fabry J. Oui, une nouvelle revue est nécessaire. Hygiènes 2021;4:243-244.
2- Flot qui d’ailleurs est loin d’apporter toujours les réponses aux questions qui sont les nôtres sur les conditions de la sécurité des soins, sur les démarches d’évaluation et de promotion de la qualité, sur la place des patients et la démocratie sanitaire, pour ne citer que quelques exemples.
3- Annals of Intensive Care et Anaesthesia, Critical Care and Pain Medicine.
4- Ou peut-être European Journal of Patient Safety, il y a débat.
5- Voici quelques exemples : de 3 000 € HT (BMC Medicine) à 3 400 € (Plos Medicine), voire 4 000 € (BMJ Open) pour la publication d’un seul compte rendu de recherche.