Prévention du risque infectieux : quelles politiques pour demain ?
Edito Hygiènes – Volume XXIX – n°3 – Juillet 2021

Par Jean-Ralph Zahar*.

Dans ce numéro d’Hygiènes, Alexandra Allaire et ses collègues du Centre hospitalier mémorial France-États-Unis de Saint-Lô proposent un outil de surveillance des précautions complémentaires1. Ce travail souligne l’importance d’un suivi de l’adoption effective des mesures préventives des risque infectieux et met en exergue l’utilité d’un outil adapté. Il faut souligner la pertinence de ce travail et la nécessité de mise en œuvre de ce type d’évaluation continue. Ce travail nous amène aussi à nous interroger sur les politiques que nous souhaitons et même devrons mettre en place dans les années futures.

Pendant très longtemps, la maîtrise du risque infectieux, dans notre pays comme dans d’autres, a été largement basée sur le principe réactif du « chercher et isoler » (« search and isolate », voire « search and destroy »). Cette attitude ciblée peut être utile ; elle a pu montrer une efficacité vis-à-vis de certains risques. Toutefois ses limites apparaissent clairement et la nécessité d’envisager d’autres politiques semble indispensable.

Par exemple, la pandémie de Covid-19 que nous venons de vivre et qui poursuit son chemin, a révélé les limites d’une telle politique. Pendant la phase initiale de la pandémie, l’absence d’outils microbiologiques permettant de faire aisément le diagnostic a pesé lourd : elle explique pour une part le retard de mise en place des précautions complémentaires et en conséquence le grand nombre de professionnels de santé infectés. Tout au long de la pandémie et malgré la disponibilité croissante des tests, il en fut de même pour l’identification des patients infectés pré ou asymptomatiques ou encore pour la levée des mesures de précaution autour des patients infectés devenus asymptomatiques. Dans toutes ces situations nous avons pu être « leurrés » par des résultats biologiques négatifs, et même par des résultats positifs. Les mesures universelles n’étaient-elles pas plus sûres ?

Il y a quelques années, le débat entre politique ciblée vs politique universelle avait été initié, par nos aînés. Il s’est poursuivi tout au long de la pandémie, notamment au sujet de la diffusion des bactéries multirésistantes tant en milieu hospitalier que communautaire. Il avait été abordé dans notre revue par l’équipe de Lucet2. De nombreuses études de grande qualité avaient permis de nous rappeler le « prix à payer » pour éviter la diffusion des agents pathogènes au sein des structures hospitalières3,4.

Ce qui nous a manqué pour mieux gérer la situation pandémique, ce sont (1) des systèmes sensibles de détection des phénomènes épidémiques nouveaux, (2) un niveau de compétence des professionnels de santé leur permettant de s’adapter rapidement à un risque connu ou encore méconnu et (3) un niveau élevé de consensus sur le respect rigoureux des précautions standard et/ou complémentaires (selon les situations), des précautions qui ne permettent pas, à elles seules, d’annuler le risque, mais qui l’atténuent considérablement. Or aujourd’hui, ces trois conditions ne sont pas réunies. Même une mesure pourtant simple (mais ô combien essentielle) comme l’hygiène des mains est loin d’être appliquée de façon satisfaisante dans notre pays5.

Sans l’abandonner, le temps est venu de changer et de passer d’une politique qui consiste à courir après les risques à une politique d’anticipation des risques, ce qui demande ingéniosité, labeur et surtout courage. Rien n’est simple : si la politique de « search and isolate » n’est pas toujours associée au risque zéro, une politique universelle devra elle aussi accepter une marge d’erreur, ce qui n’est pas forcément dans notre culture. Les générations futures devront écrire probablement une nouvelle page de notre spécialité, souhaitons qu’elle soit plus efficiente et mieux comprise et acceptée par les soignants et les usagers.

Notes :

1- Allaire A, Robert M, Pain S, Leroty S. Outil de surveillance interne des précautions complémentaires aux centres hospitaliers de Saint-Lô et de Coutances. Hygiènes 2021;29(3):215-220.
2- Lucet JC, Kerneis S, Zahar JR. Précautions complémentaires contact : pour quels porteurs de bactérie multirésistante ? Hygiènes 2020;28(1):27-34.
3- Derde LPG, et al. Interventions to reduce colonization and transmission of antimicrobial-resistant bacteria in intensive care units: an interrupted time series study and cluster randomized trial. Lancet Infect Dis 2014;14(1):31-39.
4- Maechler F, Schwab F, Hansen S, et al. Contact isolation versus standard precautions to decrease acquisition of extended-spectrum β-lactamase-producing Enterobacteriaceae in non-critical care wards: a cluster-randomised crossover trial. Lancet Infect Dis. 2020;20(5):575-584.
5- Huang F, Armando M, Dufau S, Florea O, Brouqui P, Boudjema S. Covid-19 outbreak and healthcare worker behavioural change toward hand hygiene practices. J Hosp Infect. 2021;111:27-34.

*Hôpital Avicenne – Bobigny – France