Edito 2 de Risques & Qualité – Volume XVI – n°2 – Juin 2019

Par Jacques Fabry**

Refus de publication

Nous avons reçu récemment la lettre suivante que nous nous permettons de porter à la connaissance de nos lecteurs :

Monsieur le rédacteur en chef, Merci pour votre lettre de refus de publication de l’article […] que nous vous avons transmis le mois dernier. Malheureusement nous ne sommes pas, pour le moment, en mesure d’accepter ce refus. Comme vous le savez sans doute, nous recevons beaucoup de refus chaque année et nous ne pouvons simplement pas les accepter tous. Du fait de la pression croissante du taux de citation sur les mécanismes de financement de la recherche, nous n’acceptons habituellement que moins de 30% des refus que nous recevons. Ne prenez pas ce refus comme une critique de votre travail. Le niveau de certains refus que nous refusons est très élevé.
S’agissant des motifs de notre refus, le fait que le Lecteur 1 n’ait pas reconnu la qualité de notre travail a certainement compté. Dire seulement : « cette étude n’est ni nouvelle, ni intéressante, et n’apporte rien de nouveau dans le domaine » n’est pas suffisant pour justifier un refus. Et l’utilisation de citations latines par le Lecteur 2 a rendu l’acceptation de votre refus extrêmement improbable.
Nous vous souhaitons à vous-même et à votre équipe éditoriale beaucoup de succès lors de vos prochains refus. Mais comprenez que notre décision concernant votre refus est définitive. Vous trouverez ci-joint l’article dans sa version originale ainsi que le document de transfert de copyright, et attendons les épreuves pour relecture finale.
Avec nos meilleurs sentiments […]*

Des refus des refus connaissent un joli succès : ils s’appliquent aux situations les plus diverses (refus de promotion, refus d’emploi, refus d’admission universitaire, etc.). S’agissant des publications scientifiques, cette lettre est savoureuse mais traduit aussi un malaise croissant : les revues à « impact factor » élevé, celles qui sont a priori associées à un niveau élevé de crédibilité scientifique, rejettent plus de 90% des travaux qui leur sont soumis. Leurs auteurs entament alors un parcours décourageant de revue en revue pour trouver chaussure à leurs pieds, parfois dans des organes coûteux mais peu exigeants. Maigre consolation, ils peuvent déposer les lettres de refus qu’ils reçoivent au « Paper Rejection Repository »1 dont la consultation est éthiquement instructive.

Certaines revues – Hygiènes et Risques & Qualité en milieu de soins en font partie – sont fortement liées à un milieu de travail. Leur ADN, c’est alors une double éthique : une éthique scientifique en ne publiant que des travaux solidement argumentés, et une éthique professionnelle en favorisant des contenus utiles à leurs lecteurs et… aux patients.

Note :

1- Accessible à : http://grigoriefflab.janelia.org/rejections (Consulté le 28-05-2019).

* Adaptation par Jacques Fabry d’un document publié par Catherine Chapman dans le BMJ (Chapman C. Rejection of rejection: a novel approach to overcoming barriers to publication. BMJ 2015;351(8038):h6326. DOI: 10.1136/bmj.h6326).

** Rédacteur en chef