Vers une qualité globale et durable
Edito de Risques & Qualité – Volume XVII – n°4 – Décembre 2020

La pandémie bouscule les systèmes de santé. Les établissements tâtonnent, expérimentent, mais finalement tiennent le coup. Équipes de soins, cliniciens, hygiénistes, pharmaciens, directions et services : tous se réorganisent et surtout travaillent de concert comme jamais. Avec l’aide de la communauté de la gestion de la qualité et des risques qui tient son rôle1. Mais regardons plus loin : l’heure n’est-elle pas aussi aux remises en cause, le risque étant de revenir à la case départ. C’est le bienfait d’une catastrophe d’éclairer le présent, puis de nous projeter dans le futur avec ses multiples enjeux. Je n’en retiendrai que trois, le propre d’un éditorial étant de « faire court ».

Enjeux de la vaccination

Heureusement les vaccins arrivent ! Rapidement pensés, produits et évalués. Certes des incertitudes persistent : durée et qualité de la protection vaccinale, stabilité du virus, acceptation par la population. Au moins devraient-ils protéger les plus exposés et peut-être les plus fragiles. Reste l’enjeu de leur sécurité qui ne s’évaluera vraiment que dans un temps plus long. Souvenons-nous des difficultés du vaccin contre la dengue2 et même du vaccin H1N13 qui avaient de bonnes évaluations initiales. Avec leurs collègues pharmacovigilants, les gestionnaires de risques et leurs réseaux ne doivent-ils pas contribuer à évaluer la sécurité de ces vaccins à moyen et long termes ? Avec les résidents des Ehpad, les personnels hospitaliers seront les premiers à bénéficier de cette protection (premières et deuxièmes étapes du programme national HAS). Ils devront faire l’objet – dans leur lieu de travail ou de résidence – d’une surveillance active et rigoureuse, que bien sûr on souhaite in fine inutile4.

Enjeux de la préparation

Ce n’est pas jouer les grincheux que de reconnaître simplement ceci : face à la pandémie, la France était mal préparée. L’Extrême-Orient, plus régulièrement menacé, avait une longueur d’avance, mais tous les pays européens ont dû se réveiller brutalement. Or comme l’écrivait justement Stéphane Hessel : « Le sens de l’histoire, c’est le cheminement irrésistible de catastrophe en catastrophe »5. L’année 2020 nous a au moins appris cela : l’impréparation est une faute et la préparation doit devenir un des piliers de la qualité et de la sécurité des soins. Dans l’esprit One health 6 de l’OMS et même pour des risques apparemment faibles, encore hypothétiques, voire imprévisibles. N’est-ce pas une nouvelle direction à prendre, plus prospective et responsable, pour l’action de santé publique en général7 et le management clinique des établissements en particulier. Avec la communauté de la gestion de la qualité et des risques en soutien.

Enjeux de l’environnement

C’est le troisième enjeu du futur et pas le moindre. Il y a peu d’exceptions : les grands phénomènes épidémiques ou pandémiques du dernier siècle ont leur origine dans un désordre de la nature, en lien avec le monde animal, sa biodiversité et ses interactions avec Homo sapiens. Peste, grippe espagnole, grippe asiatique, prions, sida, Ebola, SRAS, MERS, Lassa, jusqu’à la Covid-19. Lorsque des espèces animales ou végétales disparaissent dans un milieu naturel du fait des activités humaines et des pollutions, son fonctionnement connaît des défaillances, les symbioses sont menacées. Ce qui fait écrire à Franck Thilliez8 : « L’Homme, tel que nous le connaissons, est le pire virus de la planète ». Mais attention ! Sommes-nous vraiment clean ? Regardons les choses en face : les systèmes sanitaires comptent aujourd’hui parmi les « points noirs » de l’anthropocène. « Qu’il s’agisse de la consommation d’énergie, des pollutions chimiques, de la gestion des déchets entre autres, les établissements de soins de tous ordres sont entrés dans la modernité avec peu d’attention pour les générations futures. Ils sont par exemple, parmi les activités humaines, en cinquième position pour l’émission du CO2 »9. Les établissements ne doivent-ils pas être exemplaires et inscrire le développement durable parmi leurs priorités institutionnelles en y engageant toutes leurs composantes et compétences ? La pandémie a fait bouger les lignes. N’est-ce pas le bon moment pour une qualité globale et durable. « Dans toutes les existences, on note une date où bifurque la destinée, soit vers une catastrophe, soit vers le succès »10 disait Gabriel de La Rochefoucauld. Choisissons le succès !

Notes :

1- Lire dans ce numéro l’étude de Philippe Cabarrot sur les EIG liés au Covid-19 (p. 195).
2- Swaminathan S, Khanna N. Dengue vaccine development: Global and Indian scenarios. Int J Infect Dis. 2019 Jul;84S:S80-S86. Doi : 10.1016/j.ijid.2019.01.029.
3- Barker CIS, Snape MD. Pandemic influenza A H1N1 vaccines and narcolepsy: vaccine safety surveillance in action. Lancet Infect Dis. 2014 Mar;14(3):227-38. Doi : 10.1016/S1473-3099(13)70238-X.
4- Le ministère prépare d’ailleurs un logiciel de suivi qui sera mis à disposition des 100 ES qui vont coordonner la première phase de vaccination.
5- Stéphane Hessel. Indignez-vous !, Montpellier, Indigène éditions, 2010.
6- L’approche multisectorielle de l’OMS « Un monde, une santé ». Septembre 2017 : https://www.who.int/features/qa/one-health/fr/ (Consulté le 07-12-2020).
7- Voir l’article : Situations sanitaires exceptionnelles : du concept à l’organisation de la réponse, par Jean-Marc Philippe et al. Dans ce numéro (p. 207).
8- Franck Thilliez. Pandemia. Pocket éditeur, 2015.
9- Boulestreau H, Carenco P, Fabry J. Et si les soins de santé devenaient durables… Hygiènes 2020;5:243-244. Accessible à : https://wp.me/p9EFk6-2XVV (Consulté le 07-12-2020).
10- La Rochefoucauld (de) G. Marie Leczinska, femme de Louis XV. Monaco: Les livres merveilleux, 1943.