Les vaccins Pfizer & Moderna : d’excellentes nouvelles, mais quelques questions…

Par Jacques Fabry*

Le 9 novembre, dans un communiqué de presse concernant son vaccin Covid, la firme américaine Pfizer et la start-up allemande BioNTech ont ouvert le feu : les premiers résultats de leur essai randomisé sont « exceptionnellement encourageants ». Ensuite ils seront confirmés et même amplifiés lorsque les 43 538 personnes incluses seront observées plus longuement. Le 16 novembre, c’est au tour d’une autre firme américaine, Moderna1, d’apporter une bonne nouvelle. Son vaccin aurait montré une efficacité du même ordre que son concurrent (autour de 95 %). Les deux vaccins sont « à ARN messager », une modalité encore inédite en vaccinologie. Seules ces deux firmes développent aujourd’hui de tels vaccins contre la Covid. Son avantage : la possibilité de fabrication rapide à grande échelle. Ses inconvénients : la nécessité d’un stockage à très basse température (-70 °C), ses deux injections probablement nécessaires et son coût probablement élevé. Si les protocoles sont disponibles, les résultats précis ne sont pas encore publiés, mais déjà les bourses du monde entier se sont envolées, à la mesure de l’espoir soulevé. En revanche les observateurs scientifiques mettent en avant au moins quatre questions à résoudre :

1- Quelle est la sécurité de ces vaccins nouveaux ? Ce qui conditionne – en partie au moins – l’acceptabilité du vaccin. Si les promoteurs des deux vaccins ne font état d’aucun « problème de sécurité majeur », la sécurité doit encore être étudiée avec soin et dans le temps, les EIG post-vaccinaux pouvant survenir de façon retardée.

2- Quelle est la durée de la protection conférée par ces vaccins ? On ne le sait pas. Cela nécessitera de suivre dans le temps long les personnes vaccinées. Déjà la durée et la qualité de l’immunité post-Covid font l’objet d’évaluations contradictoires avec des observations rassurantes (jusqu’à six de production d’anticorps et de protection apparente), et d’autres montrant des durées et niveaux sensiblement plus faibles. Ce point est essentiel à éclaircir pour positionner le vaccin comme outil du contrôle de la pandémie dans le temps.

3- Ces vaccins sont-ils également efficaces dans les différents groupes d’âge ou de risque ? Ceci est indispensable à connaître dans la mesure où on envisage de privilégier la vaccination des groupes à risques.

4- Ces vaccins préviennent-ils de la même façon les formes létales, sévères, moins sévères ou asymptomatiques. On ne le saura qu’en examinant la distribution de ces formes dans les groupes vaccinés et placebo. Notons que la prévention des formes a- ou pauci-symptomatiques serait particulièrement importante pour réduire la transmission du virus.

Les procédures d’homologation (FDA et EMA) des deux vaccins sont engagées et on ne peut que se réjouir d’en disposer rapidement (en attendant ceux qui suivent). Les autorités sanitaires françaises ont avancé sur la stratégie de diffusion : personnes à risque élevé et professionnels exposés, particulièrement de santé. Mais cette stratégie devra être affinée lorsque l’on disposera des réponses aux quatre questions ci-dessus.

*Rédacteur en chef – Université de Lyon

Note
1- Start-up basée à Cambridge Mass. et dirigée par Stéphane Bancel, ancien directeur exécutif de BioMérieux.