Lutte contre les IAS : le grand chambardement

Cela couvait depuis quelques années. Rapport après rapport, l’idée circulait qu’il fallait changer les choses. Maintenant c’est fait. Le décret est publié. Les cinq Cclin interrégionaux, leurs 26 antennes régionales (Arlin) et le réseau national de surveillance Raisin disparaîtront en 2017. Cette architecture avait été patiemment construite depuis 1992 par une interaction continue entre les acteurs. Elle sera remplacée par les Cpias ou centres d’appui pour la prévention des infections associées aux soins, un pour chaque nouvelle région : treize en métropole, quatre outre-mer. Longue vie aux Cpias !

L’objectif général est de donner « une meilleure lisibilité et une meilleure efficacité du dispositif » des vigilances, comme indiqué lors des travaux et concertations de la stratégie nationale de santé. Les orientations affichées : renforcer les déclarations des événements indésirables, affirmer le rôle des ARS et le pilotage national et régional, élargir le champ d’intervention à l’ensemble du système de soin. Excellent !

Il est difficile de préjuger les avantages et inconvénients du nouveau dispositif.
À ce stade, certains avantages semblent évidents comme l’intégration possible des vigilances et des compétences d’appui au niveau régional, ce qui suppose que les réseaux régionaux ne soient pas de simples structures formelles. De la même manière, la gestion des signalements va bénéficier d’un dispositif régional amélioré. Toutefois d’autres aspects vont demander un pilotage plus délicat.

Les actions de l’ancien réseau Cclin-Arlin ont eu un succès assez remarquable. En atteste la réduction sensible des risques infectieux pour presque tous les types d’infection et en partie pour l’antibiorésistance, alors que des risques nouveaux apparaissent en permanence. Il est souhaitable que ceci se poursuive. Comme les autres structures ayant un vrai rôle de terrain (SRA, hémovigilance…), l’efficacité des Cclin-Arlin a tenu d’une part à la reconnaissance de l’expertise et d’autre part à la proximité (professionnelle) avec les acteurs du soin. Le risque existe d’une bascule vers des actions à finalité managériale – certes utiles – mais sans impact significatif sur la qualité des pratiques. Les exemples sont nombreux. Prenons celui de la surveillance. Elle a poursuivi deux paradigmes : d’une part la production de paramètres nationaux sur les niveaux infectieux (utile, mais sans grand impact sur les pratiques soignantes), et d’autre part le vertueux monitoring local des risques, chaque équipe analysant ses performances propres et se comparant avec des équipes similaires, dans l’esprit du benchmarking. Le dispositif futur – en dépit de l’annonce de la poursuite de la collaboration Santé publique France-Crias – pourrait trop séparer la surveillance et la prévention : ce serait une erreur.

Jacques Fabry
Rédacteur en chef

Éditorial Hygiènes – Volume XXV – n°1 – Mars 2017