Audit des pratiques d’hygiène autour de la réalisation d’échographies endovaginales en gynécologie-obstétrique

Auteurs: Amandine Gehin 1, Angélique Savall 1, Clémentine Bonnet 2, Céline Chauleur 3, Bruno Pozzetto 4, Philippe Berthelot 5, 4


Affiliations :

  • 1 - Département de médecine générale, faculté de médecine Jacques Lisfranc, université Jean Monnet, Saint-Étienne
  • 2 - Unité de gestion du risque infectieux, service d’infectiologie, centre hospitalier universitaire - CHU – Hôpital Nord – Bâtiment A – 42055 Saint-Étienne Cedex 2
  • 3 - Service de gynécologie-obstétrique, CHU, Saint-Étienne
  • 4 - Service des agents infectieux et d’hygiène, CHU, Saint-Étienne
  • 5 - Unité de gestion du risque infectieux – service d’infectiologie – centre hospitalier universitaire - CHU – Hôpital Nord – Bâtiment A – 42055 Saint-Étienne Cedex 2

Auteur principal : Pr - Philippe Berthelot - Unité de gestion du risque infectieux – service d’infectiologie – centre hospitalier universitaire - CHU – Hôpital Nord – Bâtiment A – 42055 Saint-Étienne Cedex 2 - Email : philippe.berthelot@chu-st-etienne.fr

2018

Résumé

Introduction. La désinfection des sondes d’échographies endovaginales (SEV) a fait l’objet d’études récentes questionnant sur le risque de transmission nosocomiale de micro-organismes et sur les modalités de désinfection du matériel. Nous présentons les résultats d’un audit sur deux périodes des pratiques d’hygiène autour de la réalisation d’échographies endovaginales (EEV) en gynécologie-obstétrique au sein du centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne. Matériel et méthodes. Une grille d’audit chronologique a permis d’analyser les pratiques à partir des référentiels français, et de comparer douze critères concernant la désinfection des SEV entre les deux périodes sur les secteurs de procréation médicalement assistée (PMA), urgences et consultations. Plusieurs informations ont été dispensées entre ces deux tours d’audit. Résultats. Lors du second tour d’audit, il y a eu des améliorations statistiquement significatives concernant : l’hygiène des mains après EEV, la conformité de la désinfection du matériel, le retrait du gel avant passage de la lingette, et la conformité du retrait de la gaine de protection. En revanche, il n’y a pas eu de changement des pratiques concernant : l’hygiène des mains avant EEV, l’usage des gants, l’évaluation globale de l’hygiène des mains, et la mise en place du gel sans contact avec la sonde. L’audit de structure a montré une conformité du matériel utilisé. Conclusion. Malgré la persistance de difficultés à appliquer strictement les mesures d’hygiène liées aux EEV, notamment dans le cadre de la PMA et des urgences, cet audit a montré une amélioration significative du suivi des recommandations, concernant notamment l’hygiène des mains et la conformité du retrait de la gaine.

Article

L’échographie endocavitaire représente 4 millions d’actes par an en France dont 80 % d’échographies endovaginales (EEV) [1]. Le risque de transmission nosocomiale de micro-organismes par l’intermédiaire du matériel d’échographie endocavitaire, notamment endovaginale, a fait l’objet de nombreuses études récentes [2,3,4,5].

L’étude de Bénet et al. a montré que, dans une cohorte de plus de 16 000 patients en France sur 9 ans, la réalisation d’un examen au moyen d’une sonde d’échographie endocavitaire (SEE) n’était pas associée à un surrisque de séroconversion par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) ou par celui de l’hépatite C (HCV) [6].

Concernant spécifiquement le risque de transmission par l’intermédiaire des sondes d’échographies endovaginales (SEV) des papillomavirus humains (HPV), dont certains génotypes sont à l’origine de cancers du col de l’utérus, l’étude de Casalegno et al. en 2012 a retrouvé une contamination des sondes par HPV s’élevant à 3 % d’entre elles après procédure de désinfection et avant réutilisation, ce malgré le respect des modalités de protection (gaine adaptée) et de désinfection de la sonde par lingette détergente désinfectante (DD) [2]. Cette méthode de désinfection des SEV est en accord avec les recommandations du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) publiées en 2007 et 2008 [7]. Ces résultats peuvent être dus à une mauvaise observance des recommandations de bonnes pratiques et questionnent quant aux critères de performance des gaines de protection.

En France, les sondes d’EEV sont considérées comme des dispositifs médicaux (DM) semi-critiques mais peuvent bénéficier d’une désinfection de bas niveau si une gaine de protection adaptée est utilisée [8], alors que les autres pays recommandent une désinfection de haut niveau ou une stérilisation systématique [9].

En juillet 2013, le HCSP a reçu une saisine de la direction générale de la Santé et de la direction générale de l’Offre de soins. Elle concernait l’état des lieux des connaissances en 2014 sur le risque de contamination des SEE par des agents infectieux bactériens et viraux et la mise à jour des recommandations émises en décembre 2007 [7] et octobre 2008 [8], complétées par un avis de l’Académie nationale de médecine en décembre 2009 [10]. En 2013, la Société française d’hygiène hospitalière (SF2H) a rédigé une lettre au ministère de la Santé pour alerter quant à la nécessité de la réanalyse du risque de transmission nosocomiale, après publication de travaux ayant étudié en conditions réelles la contamination des SEV par HPV [2,11]. En mai 2016, après une nouvelle consultation du HCSP, le ministère des Affaires sociales et de la Santé a rédigé une instruction relative à l’utilisation des SEE rappelant leurs indications, leur méthode de désinfection, la nécessité de tracer ce geste et de réaliser des audits pour évaluer les pratiques professionnelles [12].

Suite à ces recommandations, un audit des pratiques professionnelles autour de la réalisation des EEV a été réalisé au sein du service de gynécologie-obstétrique du centre hospitalier universitaire (CHU) de Saint-Étienne. L’objectif de cette étude était d’évaluer les pratiques professionnelles lors d’une EEV et d’estimer leur adéquation avec un référentiel construit selon les textes officiels.

Matériel, population et méthodes

Type d’étude et critères d’inclusion

Il s’agissait d’une étude prospective monocentrique d’observation et d’évaluation des pratiques professionnelles, évaluant leur adéquation avec un référentiel lors des consultations où était réalisée une EEV. L’unité statistique était la procédure observée. Cet audit a été répété dans le temps selon le modèle d’évaluation des pratiques professionnelles. Il a donc été réalisé sur deux périodes : de mars à avril, puis de septembre à octobre 2016, avec plusieurs rétro-informations délivrées aux équipes médicales et paramédicales concernées entre les deux tours d’audit et après le deuxième audit. Pour des raisons d’organisation pratique, il y a eu un auditeur différent pour chacun des tours d’audit. Une formation similaire des deux auditeurs a été réalisée par le médecin hygiéniste participant à l’étude. Les situations cliniques donnant lieu à la réalisation d’une EEV ont été relevées.

La population étudiée était celle des praticiens réalisant des explorations endocavitaires à l’aide de sondes à EEV au CHU de Saint-Étienne dans le service de gynécologie-obstétrique. Chaque praticien audité a donné son accord oral sur la présence de l’auditeur. Un consentement écrit a été demandé à chaque patiente concernant cette même présence.

Le référentiel utilisé pour évaluer les pratiques professionnelles a été construit à l’aide des textes officiels [13], du protocole du CHU rédigé selon les recommandations du HCSP [7,8] et du référentiel du Groupe d’évaluation des pratiques en hygiène hospitalière (Grephh) [1].

Un audit de structure (Annexe I) a été réalisé en parallèle de l’étude des pratiques. Il s’agissait d’observer l’environnement médical autour de l’acte d’EEV. Les échographes ont été recensés et l’équipement de chaque salle de consultation a été vérifié.

Critères d’exclusion

Ont été exclues de l’audit les consultations ne comportant pas d’EEV et les situations où la patiente refusait la présence de l’auditeur.

Déroulement de l’étude

Trois secteurs du service de gynécologie-obstétrique ont été étudiés : les urgences, les consultations et le secteur de procréation médicalement assistée (PMA) avec consultations et bloc. Les praticiens audités dans chaque secteur n’ont pas été choisis à l’avance.

Recueil des données

Une grille d’audit a été construite et testée en amont de l’étude sur trois consultations comprenant une EEV (Annexe II). Elle comportait 3 sections et 39 items : accueil et examen clinique (15 items), utilisation de l’échographe et désinfection de l’appareil (20 items) et hygiène des mains (4 items). Le temps entre chaque EEV, la présence d’une allergie au latex, l’indication de l’EEV et le numéro d’ordre de passage de la patiente en consultation ont aussi été relevés. Les praticiens et les patientes ont été anonymisés directement sur les grilles. En pratique, il s’agissait d’observer le déroulement de la consultation comprenant une EEV, chaque geste/acte étant indiqué chronologiquement sur la grille. Les indications de l’EEV ont été contrôlées selon le guide du bon usage des examens d’imagerie médicale publié en 2005 [14]. Les résultats des deux tours d’audit ont été comparés, afin d’évaluer l’impact des informations délivrées aux soignants entre ces deux tours. Les items comparés étaient les suivants :

  • secteurs audités,
  • indications de l’EEV,
  • durée entre deux EEV,
  • hygiène des mains avant et après l’EEV,
  • évaluation globale de l’hygiène des mains et de l’utilisation des gants,
  • mise en place du gel sans contact avec la sonde,
  • retrait de la gaine de protection,
  • retrait du gel avant le passage de la lingette DD,
  • passage de la lingette sur la sonde entière,
  • et évaluation globale de la désinfection du matériel.

Attribution des critères de conformité

Le logigramme sur la protection et la désinfection des SEE, publié par le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) en 2009, a été utilisé comme référentiel pour juger de la conformité de la procédure observée [13]. Trois niveaux de conformité ont été retenus pour chacune des procédures : conforme (C) si elle répondait complètement au protocole et/ou aux recommandations nationales ; acceptable (A) si elle ne répondait pas complètement au protocole ou aux recommandations nationales mais était sans risque infectieux pour la patiente ; non conforme (NC) si elle ne répondait pas au protocole ou aux recommandations nationales avec un risque infectieux potentiel pour la patiente.

Une procédure d’hygiène des mains a été jugée conforme si elle était faite avant de placer la gaine sur la sonde, après retrait de la gaine et des gants et à la fin de l’examen avant d’accueillir une nouvelle patiente. L’utilisation des gants a été jugée conforme si une paire de gants à usage unique non stérile était portée avant de mettre en place la gaine de protection sur la SEV et si une nouvelle paire était mise avant l’étape de désinfection de la SEV. Pour l’interaction entre l’extrémité du flacon de gel et la SEV, le critère de conformité a été l’absence de tout contact. Concernant le retrait de la gaine de protection, cette étape a été jugée conforme s’il n’y avait aucun contact entre la partie souillée de la gaine, les gants de l’examinateur et la sonde d’échographie, acceptable s’il y avait un contact entre la partie souillée de la gaine et les gants de l’examinateur mais pas avec la sonde d’échographie, et non conforme dans les autres cas. L’étape de retrait du gel d’échographie sur la SEV a été jugée conforme si le gel était éliminé avant le passage de la lingette DD, car la présence d’une pellicule de gel compromet l’efficacité de l’étape de désinfection de bas niveau. Enfin, le nettoyage de bas niveau par lingette DD devait être réalisé sur la sonde en totalité, en allant du cordon jusqu’à l’extrémité de la sonde. Il n’y a pas eu de vérification microscopique de l’étanchéité de la gaine ou de l’absence de souillure de la sonde.

Analyse statistique

La saisie des données a été réalisée sous Excel© (Microsoft Inc). Les variables qualitatives ont été exprimées par l’effectif et le pourcentage de chaque modalité et ont été comparées avec le test du χ2 lorsque les effectifs le permettaient ou le test exact de Fisher dans le cas contraire. Les variables quantitatives ont été exprimées par leur moyenne puis comparées entre les groupes avec le test de Student. Le seuil de significativité retenu a été de 5 %.

Les logiciels Epi-info version 7 (Organisation mondiale de la santé et Center for Disease Control and Prevention) et Statistical Package for the Social Science (SPSS) 20.0 (Chicago, IL) ont été utilisés pour réaliser les analyses.

Résultats

Audits de pratique

Quarante-quatre observations ont été réalisées en première période du 23 mars au 26 avril 2016, et 35 en seconde période du 23 septembre au 25 octobre 2016. Une patiente a refusé la présence de l’auditeur en première période. Les indications pour lesquelles était réalisée une EEV respectaient le guide du bon usage des examens d’imagerie médicale [14].

Les Tableaux I et II présentent l’ensemble des résultats des deux tours d’audits. Les critères pour lesquels une amélioration significative a eu lieu entre les deux tours sont notés en gras dans le Tableau II. Il est à noter une diminution du nombre de procédures conformes pour le passage correct de la lingette DD sur la sonde.

Audit de structure

Il a été réalisé un recensement exhaustif des appareils et des salles d’échographie dans le service de gynécologie-obstétrique du CHU de Saint-Étienne, ainsi qu’une observation de l’environnement d’examen et du type de matériel utilisé. Douze salles comportant chacune un échographe ont été visitées : 2 aux urgences, 4 en PMA, 5 en consultation de gynécologie et 1 au bloc opératoire.

Présence d’un protocole et traçabilité des mesures de désinfection

Les salles ne comportaient ni l’affichage d’un protocole de désinfection des sondes d’échographie, ni l’affichage de la traçabilité des actes de désinfection de l’échographe, ce quel que soit le niveau de désinfection de ces matériels. La fréquence de nettoyage des SEV par trempage dans une solution DD et de l’échographe par des lingettes DD était de deux fois par jour.

Proximité pour réaliser une désinfection intermédiaire

Seuls les deux salles d’urgence et le bloc opératoire (25 % des salles) étaient proches (même étage) de la zone possédant un bac d’acide peracétique permettant de réaliser une désinfection de niveau intermédiaire des sondes en cas de souillure visible ou de déchirure de la gaine.

Gaine de protection mise à disposition

Toutes les salles mettaient à disposition des gaines marquées conformité européenne (CE). Aucun autre moyen de protection des sondes (gant, préservatif) n’était disponible.

Gel d’échographie

Toutes les salles possédaient du gel d’échographie en flacons de 250 ml. Plusieurs flacons de gel étaient utilisés au cours de la journée. La date d’ouverture des flacons n’était pas systématiquement écrite sur le flacon et les flacons entamés n’étaient pas systématiquement jetés en fin de journée. Du gel d’échographie stérile a été retrouvé uniquement au bloc opératoire.

Lingettes désinfectantes

Toutes les salles observées comportaient des lingettes DD comportant le marquage CE. Dans 25 % des salles (deux salles de consultation gynécologique et une salle de PMA), le conditionnement des lingettes (en partie à l’extérieur de la boîte) ne permettait pas de garantir le maintien de l’imprégnation en produit.

Solution hydro-alcoolique (SHA)

Toutes les salles comportaient des SHA. Pour une salle sur douze, il manquait la date d’ouverture sur le flacon.

Environnement autour de l’échographe

Toutes les salles possédaient un lavabo équipé (essuie-main, savon, poubelle pour déchets assimilables aux ordures ménagères [DAOM]), une poubelle pour les déchets d’activité de soins à risque infectieux (Dasri) et un container pour objets piquants, coupants et tranchants (OPCT).

Discussion

Limites et forces de l’étude

La nature observationnelle de l’étude, de type « avant-après », a pu entraîner des modifications de comportement spontanées concernant l’attention portée au respect des règles d’hygiène. Ce biais a été limité par le fait que l’évaluation d’un praticien s’est déroulée sur trois EEV successives en moyenne afin de banaliser la présence de l’auditeur. D’autre part, deux personnes différentes ont réalisé les observations entre les deux périodes, même si le médecin hygiéniste de l’étude s’était attaché à former en amont ces deux auditeurs de manière similaire. Enfin, il aurait été intéressant de remettre aux praticiens un questionnaire d’auto-évaluation afin d’apprécier leur niveau global de connaissance des recommandations, comme l’a fait la récente étude du Grephh [1].

Au chapitre des points forts, deux tours d’audit ont été réalisés avec un troisième en prévision. Les audits ont été bien acceptés par les patientes et par les soignants. Dès le début de l’étude, il a été remarqué que du gel d’échographie non stérile était mis en place au-dessus de la gaine de protection ; l’ensemble des praticiens a été informé et les pratiques ont été rapidement corrigées.

Bilan de l’étude et plan d’action proposé

Cette étude a permis de constater une amélioration des pratiques entre les deux tours d’audit concernant : l’hygiène des mains après EEV, la conformité du retrait de la gaine de protection, la désinfection du matériel, et le retrait du gel avant passage de la lingette DD. Néanmoins, il a été noté une diminution du nombre de procédures conformes pour le passage correct de la lingette DD sur la sonde.

L’audit de structure a montré que le matériel utilisé autour de l’acte était conforme aux recommandations nationales, même si des efforts devaient être faits sur l’utilisation de gel d’échographie stérile et sur l’attention portée à la conservation des lingettes DD. Il n’existait ni de protocole affiché de désinfection de bas niveau ou de niveau intermédiaire à disposition des praticiens dans les salles ni d’affichage de la traçabilité de l’acte de désinfection de la sonde entre deux patientes. Une désinfection de niveau intermédiaire était mise à disposition à proximité des salles du bloc opératoire et des salles d’urgence, mais avec plus de distance concernant les salles de consultation et de PMA.

Suite à cet audit, un plan d’action a été mis en place dont les points saillants étaient les suivants : (i) affichage du protocole d’entretien du matériel d’échographie endocavitaire dans les salles où se trouvait un échographe, (ii) amélioration de ce protocole, notamment par des mesures préconisant une utilisation conforme des gants et par l’introduction d’un dispositif permettant la désinfection des sondes par le peroxyde d’hydrogène ; (iii) mise en œuvre d’une politique d’audits itératifs ; (iv) amélioration de la formation initiale des internes, et (v) organisation d’une formation continue des praticiens concernés.

Mesures en relation avec l’hygiène autour de l’acte

Le respect des précautions standard d’hygiène dont l’hygiène des mains, est au cœur des recommandations du HCSP en 2008 [8] et 2016 [12]. Lors de l’acte échographique, une friction hydro-alcoolique des mains doit être réalisée avant de mettre en place la gaine de protection puis avant de désinfecter de la sonde. Dans notre étude, il n’y a pas eu de changement entre les deux tours d’audits concernant l’hygiène des mains avant EEV, avec 80 % de procédures conformes en moyenne ; en revanche, il a été noté une amélioration de l’hygiène des mains après EEV en seconde période. La norme européenne virucide que doit respecter une SHA n’a pas d’exigence sur HPV [15]. Il a été montré récemment que les virus HPV natifs étaient très résistants à l’efficacité des désinfectants [16,17]. Compte tenu de la faible efficacité de catégories beaucoup plus puissantes de désinfectants sur ces virus natifs, il est probable que celle des SHA soit assez modeste, ce qui ne doit pas pour autant décourager de les utiliser.

Les gants non stériles à usage unique doivent être enfilés avant la mise en place de la gaine et changés avant la désinfection de la sonde. Lors de notre audit, cette pratique était très minoritaire, confirmant les résultats médiocres de l’étude du Grephh de 2016 [1].

L’utilisation d’une gaine protégeant une SEE, dans le strict respect des recommandations émises dans le rapport du 14 décembre 2007, est pour le HCSP une alternative aux procédures de nettoyage et de désinfection de niveau intermédiaire [7]. La gaine doit comporter de manière réglementaire, un marquage « CE dispositif médical » et doit répondre aux exigences de la directive européenne 93/42/CEE [18]. Le HCSP rappelle que le professionnel a l’obligation de signaler dans le système de matériovigilance tout incident avec une gaine défectueuse dans ses conditions normales d’utilisation [8]. L’audit a montré la conformité aux normes des gaines de protection utilisées. Aucun praticien n’a omis d’utiliser une gaine. Le retrait de celle-ci a été très significativement amélioré en seconde période (88 % de conformité versus 43 % en première période, p < 0001). Aucune rupture de gaine n’a été constatée. En revanche, la vérification de l’intégrité de l’emballage et la date d’utilisation de la gaine n’ont pas été tracées. Une étude publiée en 2016 par la Société européenne de radiologie [3] a montré, via un questionnaire envoyé en ligne à des radiologues réalisant de l’EEV, que 11 % d’entre eux n’utilisaient jamais de gaine lors d’examen endovaginal ou endorectal. L’étude du Grephh [1] a montré pour sa part que, dans 25 % des cas, le choix de la protection n’était pas adapté. En 2013, la SF2H a alerté le ministère sur le taux de perforation des gaines de protection marquées qui, dans la littérature, varie de 8 à 81 %.

Le choix et la gestion du gel d’échographie doivent obéir à des règles précises énoncées par le Code de la santé publique [19]. Dès le début de notre audit, il a été réalisé une correction des pratiques portant sur le dépôt de gel non stérile directement au-dessus de la gaine au contact des muqueuses. Certains praticiens ont invoqué la facilité d’insertion de la sonde permise par la présence de gel au-dessus de la gaine ; pour pallier cet écueil, il a été proposé l’utilisation de gel stérile ou bien de gaines lubrifiées stériles, malgré un coût nettement plus élevé. Au final, les praticiens ont choisi de recourir à des gaines de protection prélubrifiées bactériologiquement propres pour les gestes de routine et stériles pour les gestes techniques invasifs comme les ponctions ovocytaires. Enfin, il convient d’éviter tout contact entre le bec du flacon de gel et la SEV, ce qui n’a pas été respecté dans près d’un cas sur cinq sans amélioration entre les deux périodes.

Traitement appliqué à la sonde

Le HCSP recommande de réaliser une inspection de la sonde à l’œil nu après retrait de la gaine. S’il existe des souillures, une désinfection de niveau intermédiaire de la classification de Spaulding [20] doit être réalisée. En l’absence de souillure visible, il faut essuyer la sonde avec une compresse blanche en non-tissé ou une lingette à usage unique sèche. Nous avons jugé la procédure conforme si ce critère était rempli, acceptable en l’absence de contrôle. Si aucune présence de salissure sur la compresse n’est constatée, il faut réaliser une désinfection de bas niveau avec une lingette DD ne contenant pas d’aldéhyde. À l’exception du bloc opératoire de PMA, toutes les procédures ont été jugées non conformes du fait de l’absence de passage d’une compresse blanche ou d’une lingette à usage unique sèche.

Globalement, les non-conformités sont passées de 43 % en première période à 14 % en seconde période. Concernant le retrait du gel sur la SEV avant le passage de la lingette DD, les non-conformités sont passées de 73 % des praticiens en première période à 37 % en seconde période, ce qui reste néanmoins très insuffisant. Dans l’étude du Grephh [1], 42,8 % des praticiens ont essuyé la sonde avant de passer la lingette DD. La désinfection de bas niveau a été constatée dans 100 % des cas, alors que le Grephh rapporte que près de 3 % des gynécologues-obstétriciens déclarent ne jamais effectuer de désinfection de bas niveau de la sonde entre deux patientes. Au niveau européen, l’étude de Nyhsen et al. [3] rapporte que 11 % des praticiens ne désinfectent jamais la sonde après chaque patient lors d’un acte endocavitaire. Dans notre étude, les normes requises pour la désinfection de bas niveau étaient respectées.

Concernant le passage de la lingette, celui-ci doit se faire sur la partie endovaginale de la sonde et aussi sur les parties non immergeables, en respectant le sens du cordon vers l’extrémité de la sonde. Il y a eu une diminution significative des pratiques correctes de passage de la lingette entre les deux périodes, avec 68 % de passage correct en première période et seulement 28 % en seconde période ; ce résultat décevant démontre que la sensibilisation effectuée entre les deux audits a sans doute négligé certains points. En fin de programme, la sonde doit être nettoyée dans un bain de produit détergent puis rincée et séchée. Dans notre étude, cette étape a été réalisée de façon satisfaisante dans les trois secteurs audités.

Concernant la désinfection de niveau intermédiaire, un quart des salles d’échographie comportait à proximité immédiate une salle comportant un bac d’acide peracétique. Aucune désinfection de ce niveau n’a été constatée au cours des audits, du fait qu’il n’a été constaté ni rupture de gaine ni souillure de la SEV.

La plupart des germes responsables des infections nosocomiales survivent sur des surfaces inertes [21] ; c’est bien sûr le cas pour HPV [22]. Les recommandations américaines [23], australiennes [24] et canadiennes exigent, en plus de l’utilisation d’une gaine de protection, une désinfection de haut niveau des SEV, qu’il y ait ou non rupture objectivée de celle-ci. Les dernières recommandations de la Société européenne de radiologie vont dans le même sens [25]. En pratique, les traitements appliqués aux SEV sont très variables. Une étude australienne a montré que beaucoup d’échographistes ne respectaient pas les normes recommandées pour la désinfection des SEE et de leur environnement [26]. Au Royaume-Uni, une étude a montré que, dans 68 établissements de santé, il n’existait pas de standard appliqué concernant la désinfection des sondes [27,28]. Une étude suédoise a montré que la désinfection des SEE se faisait majoritairement avec de l’alcool, et que des moyens non acceptables de protection des SEE tels que des doigts de gants avaient été constatés [29]. Concernant les HPV, qui sont parmi les agents infectieux les plus aptes à être transmis par les manœuvres d’échographie, les désinfectants courants pour SEE homologués par la Food and Drug Administration (FDA) comme stérilisants, tels que l’ortho-phthalaldéhyde et le glutaraldéhyde, n’inactivent pas des virions HPV natifs [16]. De façon assez surprenante, un dispositif à base de peroxyde d’hydrogène s’est montré capable d’inactiver très efficacement ces mêmes virions natifs déposés sur des SEE [17]. Ce mode de décontamination s’avère ainsi particulièrement intéressant puisqu’il combine une désinfection de haut niveau et une inactivation rapide et efficace de HPV [30].

Conclusion

Il existe actuellement un questionnement quant aux modalités de désinfection des SEV, notamment vis-à-vis du risque lié à HPV et il est recommandé d’évaluer régulièrement les mesures d’hygiène lors de la pratique d’une EEV. Cet audit a montré une amélioration statistiquement significative des pratiques entre les deux périodes concernant la maîtrise de la procédure de désinfection du matériel, l’hygiène des mains après l’EEV, le retrait du gel sur la sonde avant passage de la lingette DD, et la conformité du retrait de la gaine. Elle a aussi, comme d’autres, démontré des lacunes des médecins dans la connaissance des pratiques d’hygiène en rapport avec l’échographie. Elle a également confirmé que les actes d’EEV sont souvent effectués dans un contexte d’urgence ou de haut débit, peu propice à un examen soigneux et à une désinfection adaptée de la sonde et de son environnement. Dans ce contexte, une automatisation du protocole de désinfection de la sonde avec des procédés de désinfection efficaces sur HPV et une professionnalisation des gestes d’hygiène autour des actes d’échographie devraient permettre d’améliorer sensiblement les pratiques actuelles. Notre étude démontre l’intérêt d’audits répétés pour sensibiliser les professionnels à un risque de moins en moins accepté par les usagers.

Remerciements: À Élise Fortier, ingénieur qualité-gestion des risques, pour l’aide apportée à la construction de la grille d’audit et aux personnes auditées (professionnels de santé et usagers).

Références

1- Groupe de travail du Groupe d’évaluation des pratiques en hygiène hospitalière (Grephh). Enquête exploratoire nationale relative aux pratiques d’hygiène appliquées aux sondes à échographie endovaginale – Résultats. Grephh, octobre 2016. 61 p. Accessible à : http://www.grephh.fr/PDF/Sondes/Resultats_enquete_sondeEE_octobre-2016.pdf (Consulté le 23-03-2018).

2- Casalegno J, Le Bail Carval K, Eibach D, Valdeyron M-L, Lamblin G, Jacquemoud H, et al. High risk HPV contamination of endocavity vaginal ultrasound probes : an underestimated route of nosocomial infection? PloS One 2012; 10: e48137.

3- Nyhsen CM, Humphreys H, Nicolau C, Mostbeck G, Claudon M. Infection prevention and ultrasound probe decontamination practices in Europe : a survey of the European Society of Radiology. Insights Imaging 2016; 6: 841-847.

4- Ngu A, McNally G, Patel D, Gorgis V, Leroy S, Burdach J. Reducing transmission risk through high-level disinfection of transvaginal ultrasound transducer handles. Infect Control Hosp Epidemiol 2015; 5: 581-584.

5- Leroy S, M’Zali F, Kann M, Weber DJ, Smith DD. Impact of vaginal-rectal ultrasound examinations with covered and low-level disinfected transducers on infectious transmissions in france. Infect Control Hosp Epidemiol 2014; 12: 1497-1504.

6- Bénet T, Ritter J, Vanhems P. Risk of human immunodeficiency virus and hepatitis c virus infection related to endocavitary ultrasound probe exposure in France. Infect Control Hosp Epidemiol 2014; 11: 1429-1431.

7- Hajjar J, Drouvot V (dir.), Comité technique des infections nosocomiales et des infections liées aux soins. Rapport – Gaines de protection à usage unique pour dispositifs médicaux réutilisables : recommandations d’utilisation. Haut Conseil de la santé publique (HCSP), décembre 2007. 16 p. Accessible à : https://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=21 (Consulté le 23-03-2018).

8- Haut Conseil de la santé publique (HCSP), ministère de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative. Avis relatif à la désinfection des sondes à échographie endocavitaire. HCSP, octobre 2008. 5 p. Accessible à : https://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=45 (Consulté le 23-03-2018).

9- Rutala WA, Weber DJ, the Healthcare Infection Control Practices Advisory Commitee. Guideline for disinfection and sterilization in healthcare facilities. Centers for Disease Control and Prevention (CDC), 2008. 161 p. Accessible à : https://www.cdc.gov/infectioncontrol/pdf/guidelines/disinfection-guidelines.pdf (Consulté le 23-03-2018).

10- Académie nationale de médecine. Les bonnes pratiques de désinfection des sondes d’échographie endovaginales et endorectales – Rapport de l’Académie nationale de médecine, décembre 2009. Bull Acad Natle Méd 2009; 9: 2121-2126.

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*14- Frija G, Grenier P, Talbot JN, Bourguignon M (dir.). Guide du bon usage des examens d’imagerie médicale – Recommandations pour les professionnels de santé – Transposition de la directive européenne 97/43 Euratom. Société française de radiologie, Société française de biophysique et de médecine nucléaire, 2005. 102 p. Accessible à : http://www.irsn.fr/FR/professionnels_sante/documentation/Documents/guide_bon_usage_imagerie.pdf (Consulté le 23-03-2018).

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Conflit potentiel d’intérêts : aucun.