En direct de… Risques & qualité chez la personne âgée – Journée de formation et d’échanges

Auteurs: Jacques Fabry 1, Anne-Élise Raveneau 2


Affiliations :

  • 1 - Rédacteur en chef - Revues Hygiènes et Risques & Qualité en milieu de soins - Health & co - 4 rue Saint-Sidoine - 69003 Lyon
  • 2 - Secrétaire de rédaction - Revues Hygiènes et Risques & Qualité en milieu de soins - Health & co

Auteur principal : Pr ém. - Jacques Fabry - Rédacteur en chef - Revues Hygiènes et Risques & Qualité en milieu de soins - Health & co - 4 rue Saint-Sidoine - 69003 Lyon - Email : j.fabry@healthandco.fr

Résumé

«Le vrai papy-boom commencera dans trois ans ! En France, 200 000 personnes de plus viendront chaque année grossir les rangs des plus de 70 ans, et ce pendant cinq à dix ans. » Le constat que dresse le Pr Gaëtan Gavazzi à l'ouverture de la journée en dit long sur l'explosion des besoins et la nécessité d'actualiser ses connaissances dans ce domaine. Les professionnels du sanitaire et du médico­social doivent en effet faire face aux évolutions en gériatrie et gérontologie : Comment gérer des risques infectieux plus présents et plus complexes, du fait de l'émergence de bactéries hautement résistantes aux antibiotiques ? Comment améliorer la prise en charge médicamenteuse ? Que faire pour coordonner établissements de soins et ambulatoire ? À quoi ressembleront les hébergements collectifs de demain ? Que peut-on inventer pour renouveler la qualité de la prise en charge des aînés ? Comment améliorer ma pratique professionnelle ? Risques & qualité chez la personne âgée (RQPA) est devenue, en 16 ans d'existence, une journée de référence pour réfléchir, échanger et trouver les réponses à ce type de questions.

2017

Article

Actualités des infections associées aux soins chez les aînés

Lors de la première séance plénière, Gaëtan Gavazzi traite des risques infectieux en gériatrie, de leurs multiples facteurs de risque, des agents pathogènes évolutifs et de leurs modes de transmission. Pneumonies, grippes, diarrhées, nouvelles épidémies, immunosenescence, hygiène buccodentaire… avec les conséquences pratiques des recherches récentes. Responsable du centre d’appui pour la prévention des IAS (CPias) Auvergne-Rhône-Alpes, Anne Savey enchaîne avec les données épidémiologiques et notamment les principaux enseignements des enquêtes de prévalence en France et en Europe. Le programme national d’actions de prévention des IAS (Propias) a prévu de réaliser dans les établissements médicosociaux une enquête nationale de prévalence de ces infections et des antibiotiques tous les cinq ans. La première a été centrée sur les Ehpad et réalisée mi-2016. Elle a permis de dégager des pistes d’amélioration aux niveaux local et national, en matière d’organisation (accès à une expertise en hygiène et à un référent en antibiothérapie, présence de correspondants dans les Ehpad), de prévention (analyse des risques, amélioration des pratiques liées aux dispositifs invasifs, observance des précautions standard), et de prise en charge diagnostique et thérapeutique des infections (documentation microbiologique, pertinence des traitements prophylactiques, outils d’aide à la prescription, réduction de la durée des traitements, réévaluation systématique dans les trois jours).

Olivier Baud développe une autre thématique importante : la gestion des infections à bactéries multirésistantes (BMR) et des bactéries hautement résistantes émergentes (BHRe). Huit mesures de frictions hydro-alcooliques sont incontournables. Huit mesures autour des antibiotiques sont essentielles. Quatre mesures sont indispensables et concernent l’usage des gants, l’entretien de l’environnement et la gestion des excreta, ainsi que l’information/formation ; la chambre individuelle en mesure complémentaire. Si l’on retient seulement les mesures indispensables, incontournables et essentielles, il s’agit de l’application des précautions standard avec maîtrise du risque fécal, du contrôle du risque environnemental avec un bionettoyage sans faille, et de l’utilisation intelligente des antibiotiques pour les seules infections bactériennes.

Corinne Denis présente l’expérience de l’équipe mobile d’hygiène en Ehpad (EMHE) pour le contrôle de l’épidémie de grippe de l’hiver dernier dans la région : soutien à distance ou sur place des établissements concernés, diffusion des recommandations et informations, promotion de la vaccination des professionnels. Deux axes de progrès sont à retenir : « la disponibilité de moyens humains et matériels adéquats » et « le travail pédagogique à engager avec les familles. »

En continu : une chambre gériatrique des erreurs et les exposants

Les participants profitent de la pause-café pour visiter les stands et pour tester leurs connaissances à la chambre gériatrique des erreurs, menée par l’équipe sectorielle de prévention du risque infectieux de Lyon. Armés d’un porte-bloc et d’une feuille d’observation, les enquêteurs improvisés disposent de 10 minutes pour identifier les erreurs de toute nature : identité, médicaments, risques infectieux. S’ensuit un débriefing, avec des piqûres de rappel et des échanges entre professionnels.

L’effervescence conviviale du hall de l’Espace Tête d’Or laisse maintenant place à quatre ateliers au choix : « Gérer le risque d’escarre », « Médicaments inappropriés et sécurisation de l’administration », « Gant de soins ami ou ennemi ? » et « Pas de négligence : priorité aux relations humaines ! ».

Gérer le risque d’escarre

L’iconographie présentée par Cécile Moisan illustre la gravité des cas qu’elle opère : escarre veineuse, artérite… pour lesquels il faut agir avant qu’il ne soit trop tard. Éclairages sur son métier de chirurgien vasculaire. Savoir donner l’alerte pour éviter une amputation ou une chirurgie réparatrice mais coûteuse est à la portée de tous les professionnels de santé, preuves à l’appui. Caroline Vavon transmet les méthodes et les astuces pour intervenir en amont et éviter les escarres. « Anti-escarre, ça n’existe pas ! » précise cette ergothérapeute. « Nous devons parler de support d’aide à la prévention et/ou aux soins d’escarre. » Matériels, matelas, coussins : lesquels préférer ? « Les supports ne dispensent pas des positionnements » insiste-t-elle, en décrivant ensuite la surveillance régulière que ces derniers demandent et les changements nécessaires. « Pour cela il est indispensable de connaître les bases d’anatomie et les mécanismes généraux » et elle les enseigne aux participants. Marc Wiser, coordinateur de cet atelier, interroge ces deux intervenantes puis laisse place aux questions dans la salle.

Médicaments inappropriés et sécurisation de l’administration

Riches de leur expérience en vieillissement, cerveau et fragilité, Christelle Mouchoux et Rémy Collomp proposent aux participants une mise en situation et un brainstorming sur la prise en charge médicamenteuse (PECM) des aînés : « L’optimisation de la PECM chez ces patients est un axe majeur d’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins, et compte dans la certification des établissements de santé ». Puis travaux en petits groupes pluriprofessionnels autour de l’élaboration d’un plan d’action : cartographie des risques, organisation de la PECM, médicaments génériques, écrasables, ou laissés en chambre des patients… Chacun partage un petit peu de son vécu et repart avec des documents utiles pour sécuriser l’administration des médicaments.

Gant de soins : ami ou ennemi ?

Encadré par Mireille Roche, infirmière hygiéniste, Isabelle Attali, responsable environnement, et Nathalie Armand, pharmacien hygiéniste, cet atelier passe en revue les règles d’utilisation qu’il convient de maîtriser concernant le port des gants. Trois courts-métrages introduisent des discussions sur les questions-clés : « Les gants au bon moment : pas tout le temps, pas longtemps » ; « Gant adapté à l’activité et à la morphologie de la main » ; « Savoir mettre les gants, savoir les enlever » ; « Des gants en balade, des germes en liberté ».

Pas de négligence : priorité aux relations humaines !

Le quatrième atelier s’attelle à améliorer les relations humaines entre soignants, soignant-soigné et soignant-aidant. Yves Mataix, directeur médical et gériatre, et Christine Passerat-Boulade, chercheur-consultante en management de la santé, animent cet atelier interactif pour repousser les limites de la réflexion et encourager l’analyse et la prise de recul. Tout commence par des définitions, puis l’étude des freins. Qu’est-ce qui nous conditionne en tant que soignants ? Comment cela vient-il influer les relations et la façon de travailler en équipe ? Comment optimiser les relations avec les patients et avec les familles/aidants ? Quelles pistes creuser pour vraiment travailler ensemble ? Confiance, angoisse de mort, vie en institution, jeux et études de cas composent la toile de fond de cet atelier.

Qualité de vie au travail dans les établissements gérontologiques

Cette table ronde en seconde partie d’après-midi, animée par Philippe Michel, réunit une dizaine de professionnels d’établissements sanitaires et médico-sociaux lyonnais. Ils sont tous investis dans un « cluster » expérimental, qui vise à améliorer la qualité de vie au travail (QVT) dans leurs structures. Christine Martin-Cocher, de l’agence régionale de l’amélioration des conditions de travail (Aract) rappelle quelques fondamentaux sur la QVT et présente le projet. Les intervenants (pour l’hôpital de Fourvière : Patricia Traversaz, Corinne Fargeot et Isabelle Gaillard ; pour l’Ehpad Résidence du 6e : Sophie Deroche et Robin Valette ; et pour la clinique mutualiste de Lyon : Yves Mataix, Christophe Gagneux et Stéphanie Bernard) s’accordent sur la réelle valeur ajoutée de cette expérience. « C’est un cercle vertueux, pour améliorer le travail des salariés dans les services et le bien-être des patients. Il a parfois fallu lever des réticences, mais notre objectif est désormais de mettre de la QVT dans chacun de nos projets », rapporte la responsable des ressources humaines de l’hôpital de Fourvière. Si l’un des premiers challenges de ce cluster a été d’associer les bons acteurs au bon moment, le nouveau pari est maintenant de transférer ces réussites à d’autres établissements de soins. Présence à cette journée, groupes de travail, fiches méthodologiques, l’Aract relève patiemment ce défi.

Les avis des participants

Le questionnaire de satisfaction de la journée a été rempli par 150 des participants. Il en ressort qu’elle a été largement appréciée et leur a permis de perfectionner leurs connaissances et leurs pratiques professionnelles. En effet, 84 % d’entre eux avaient auto-estimé leur niveau de connaissance préalable à cet évènement « bon » ou « très bon ». Cette 16e édition de Risques & qualité chez la personne âgée est donc venue affiner leur professionnalisme puisque 82 % ont jugé « bon » ou « très bon » autant le contenu scientifique que l’intérêt pratique de cette journée. Les répondants ont trouvé l’accueil et le repas « bon » ou « très bon » à 98 %. Le confort et l’adaptation des locaux de l’Espace Tête d’Or remportent quant à eux 96 % de « bon » ou « très bon ».


Pour qui et où ?

Risques et qualité chez la personne âgée réunit chaque année environ 200 professionnels des secteurs sanitaire et médico-social, toutes spécialités confondues : soignants (paramédicaux et médecins), personnels de direction, des services qualité, venus d’établissements ou libéraux. Rendez-vous à Lyon les années impaires et à Nîmes les années paires !

Pourquoi ?

RQPA relève de la formation continue en gériatrie et gérontologie. Son objectif est de prendre du recul, d’apprendre et d’échanger durant des plénières, des ateliers, et des temps plus informels, pour renforcer et actualiser ses savoirs, savoir-faire et savoir-être. Chacun peut ainsi ensuite poursuivre et mettre en pratique les réflexions et les informations acquises.

Comment ?

Depuis 16 ans, les comités scientifiques et d’organisation de RQPA définissent, pour cette journée, un programme de formation à la fois pratique et d’actualité. Les intervenants choisis sont spécialistes de leur domaine, universitaires et/ou hommes et femmes de terrain. L’évènement est organisé en partenariat avec le CPias Auvergne-Rhône-Alpes ou le CPias Occitanie selon le lieu, et avec les Sociétés de gériatrie et de gérontologie du Sud-Est. Travaillant au cœur des questions d’hygiène et de qualité des soins, notre maison d’édition Health & co est reconnue organisme de développement professionnel continu (DPC) et assure la coordination logistique de la journée. Pour 2018, nous en prévoyons même deux en parallèle, dont l’une qui serait DPC !

Cette année, un mois avant sa tenue, 98 % des participants étaient déjà inscrits à RQPA. Nous avons même dû en refuser d’autres, le nombre de places étant limité. Pensez donc à vous inscrire à l’avance.

Inscription/archives des sessions précédentes :
http://rqgg.healthandco.fr info@healthandco.fr


Remerciements: Nous remercions chaleureusement tous les intervenants, les membres des comités scientifique et d’organisation et nos partenaires, sans qui cette journée n’aurait pu exister. Merci également à ceux qui sont sa raison d’être : les participants qui se sont pleinement investis.