Sept années de prévention des infections urinaires dans les services de gériatrie des Hospices civils de Lyon

Auteurs: Raphaële Girard 1, Sylvain Gaujard 2, Véronique Pergay 3, Pascal Pornon 3, Luc Oltra 3, Catherine-Cécile Mauranne 3, Béatrice Cracco 3, Géraldine Martin-Gaujard 2, Claude Vieux 3, Laurent Bourguignon 2, 4


Affiliations:

  • 1 - Unité d’hygiène et épidémiologie – Bâtiment 3B – Centre hospitalier Lyon sud – 69495 Pierre-Bénite cedex
  • 2 - Institut du vieillissement, Hospices civils de Lyon, Lyon
  • 3 - Service épidémiologie, hygiène, infectiovigilance et prévention, Hospices civils de Lyon, Lyon
  • 4 - Hôpital Pierre Garraud, UMR CNRS 5558, Laboratoire de biométrie et biologie évolutive, Université Lyon 1, Hospices civils de Lyon, Lyon

Auteur principal: Raphaële Girard - Unité d’hygiène et épidémiologie – Bâtiment 3B – Centre hospitalier Lyon sud – 69495 Pierre-Bénite cedex - Email: raphaele.girard@chu-lyon.fr

2017 Épidémiologie Infection urinaire Sondage urinaire

Résumé

Introduction. Face au problème des infections urinaires (IU), les services de gériatrie des Hospices civils de Lyon ont mis en place un programme de prévention évalué par des études de cohorte. Matériel et méthodes. Le programme de prévention portait sur l’hygiène des mains des personnels, patients et visiteurs, le sondage à demeure (SAD) (obligatoirement en système clos), et le sondage évacuateur (SEV) (formation, amélioration du matériel et des protocoles). Les cohortes prospectives étaient identiques en 2009, 2012 et 2015. Tous les patients hospitalisés dans les services en juin ont été suivis. Les incidences des IU nosocomiales pour cent patients, et pour 1 000 jours d’exposition ont été analysées en fonction des expositions (SAD, SEV, autres), et des facteurs de risque. Une analyse multivariée a été faite selon un modèle de Cox, par année. Résultats. Les patients surveillés étaient 1 510 en 2009, 1 547 en 2012 et 1 612 en 2015. L’incidence des IU associées au SEV, de 29,7 % en 2009, a diminué en 2012 (17,6 %) et n’a pas évolué ensuite. L’incidence des IU associée au SAD a significativement diminué entre 2012 (14,8 %) et 2015 (8,1 %). En analyse multivariée, le SAD était un facteur significatif dans toutes les études et le SEV seulement en 2009 (RR > 5). L’écologie bactérienne n’a pas évolué, avec peu de résistances aux antibiotiques. Conclusion. Une politique efficace de prévention a été possible mais doit être poursuivie.

Article

Les infections urinaires (IU) nosocomiales représentent un problème grave et récurrent en service de gériatrie, retrouvé dans toutes les études internationales. Ce problème concerne tous les secteurs de soins gériatriques : courte durée, suites et réadaptation, longue durée. En France, la dernière enquête nationale de prévalence des infections nosocomiales montrait que les IU se situaient au premier rang des infections [1].
Les études d’incidence publiées retrouvent des taux supérieurs à une IU pour 1 000 jours de suivi, plus élevés en cas de sondage vésical à demeure [2,3,4]. Cette fréquence élevée des IU est en lien avec la forte prévalence, en service de gériatrie, de patients présentant des facteurs de risque médicaux dont la relation avec l’IU a été largement démontrée : rétention, incontinence, diabète, dépendance ou immunodépression [2,5,6]. La prévention des IU en gériatrie présente, par ailleurs, des spécificités justifiant des programmes adaptés. De nombreuses mesures ont été étudiées : stricte limitation du sondage vésical, usage du sondage évacuateur (SEV), prise en charge de l’incontinence urinaire par la rééducation des patients et l’usage de protections, utilisation d’œstrogènes locaux ou de cures de canneberge.

Depuis 2009, devant cette problématique transversale, l’ensemble des services de gériatrie du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Lyon a décidé de mettre en place un programme prioritaire de prévention des IU. Afin de cibler spécifiquement les actions sur les situations mal maîtrisées, comparativement à d’autres établissements, le comité de pilotage du programme a choisi de commencer par une étude épidémiologique permettant de mesurer l’incidence des IU en fonction des gestes invasifs et des facteurs de risque. Dès le début du programme, il a été prévu que cette étude épidémiologique serait reconduite après chaque campagne de prévention, afin de vérifier l’efficacité de l’intervention.

Population et méthodes

Le programme a inclus l’ensemble des services de gériatrie des Hospices civils de Lyon (HCL), répartis dans six hôpitaux différents. Il a été conduit par un groupe de coordination multiprofessionnel, incluant les professionnels en hygiène hospitalière et s’est déroulé de 2009 à 2015 (Figure 1).

Méthode des études épidémiologiques

Une méthode identique a été utilisée pour les études épidémiologiques de 2009, 2012 et 2015.

Patients inclus

Tous les hospitalisés présents dans un des services ou admis à partir du 1er juin, ont été suivis jusqu’à leur sortie ou jusqu’au 28 juin.

Objectifs

Les résultats attendus étaient les taux mesurant la fréquence des nouvelles IU nosocomiales survenues au cours de la période de surveillance. Ces taux se déclinaient en :

  • taux d’incidence cumulée/100 patients pendant la période,
  • taux d’incidence/100 journées-patients pendant la période.

Les IU prises en compte dans les études étaient les infections cliniques (les colonisations ou bactériuries asymptomatiques étaient exclues). La définition retenue était celle publiée par le ministère de la Santé en 2007 pour les infections associées aux soins, afin de ne pas changer de définition entre les trois études [7]. Cette définition était détaillée dans le guide de l’enquêteur utilisé par les médecins chargés du recueil. Les méthodes microbiologiques utilisées étaient les mêmes pendant toute l’étude.

Les incidences ont été mesurées globalement, selon le type de séjour et en fonction des expositions observées, la fréquence des infections étant habituellement très différente en fonction de ceux-ci [4,8,9,10,11]. Les expositions prises en compte étaient uniquement celles de la période de surveillance : le sondage à demeure (SAD), le ou les SED réguliers ou occasionnels réalisés avant la survenue d’une infection (exclusion des sondages effectués pour réaliser un examen bactériologique des urines), les protections pour incontinence, le Bricker et le cathéter sus-pubien.

Les taux d’IU ont également été étudiés en fonction des facteurs dont la relation avec les infections a été établie dans la littérature [4,12,13,14,15,16]. Ont été pris en compte, au moment de l’inclusion des patients : le diabète traité ou équilibré par des mesures hygiénodiététiques, l’immunodépression (cancer évolutif, sida, leucopénie < 500 PNN, traitements immunosuppresseurs), la démence ou la présence de troubles confusionnels (jugement par le médecin responsable), l’incontinence urinaire même non permanente (définition clinique), l’existence d’un épisode au moins de rétention aiguë dans le dernier mois, une vessie neurologique (commande vésicale non fonctionnelle d’origine centrale ou périphérique), un résidu post-mictionnel chronique (présence d’un résidu post-mictionnel supérieur à 100 ml, mesuré par échographie ou par sondage après miction), la présence d’antécédents d’IU dans les six mois précédents, et la présence d’IU en début d’étude. En 2009, les situations de rétention ou de vessie neurologique n’ont pas été recueillies de manière séparée. Les infections ont été considérées comme nosocomiales si elles apparaissaient au moins 48 heures après l’hospitalisation dans un des services de gériatrie participant à l’étude.

Pour chaque épisode d’infection urinaire survenu pendant la surveillance, pour les études de 2012 et 2015, les éléments suivants ont été recueillis et analysés :

  • la date de début des signes cliniques ;
  • le type d’infection a été recueilli, mais la présence de bactériémie associée et l’évolution des infections n’ont pas été spécifiquement relevées :
    – cystite,
    – infection urinaire masculine,
    – pyélonéphrite aiguë,
    – infection sur SAD ;
  • les microorganismes et les éventuelles résistances aux antibiotiques, en utilisant le codage national des réseaux de surveillance des infections nosocomiales ;
  • la résistance des germes aux fluoroquinolones n’a pas été relevée.

Méthode de recueil

Étude prospective, de cohorte observationnelle ouverte, avec une fiche par patient et par séjour. Cette fiche a été :

  • remplie au début du séjour pour les nouveaux patients ou au début de l’étude pour les patients présents ;
  • complétée pour les expositions et les infections au cours du séjour ;
  • complétée, validée et close à la sortie ou en fin d’étude.

Les fiches étaient présentées sous forme d’un cahier par service (ou secteur), incluant un guide de recueil. La fiche était nominative mais la saisie informatique a été anonyme. Le recueil des informations médicales a été confié aux médecins. Les infirmiers du service (et en particulier le correspondant en hygiène hospitalière) et l’infirmier hygiéniste de l’établissement ont été mobilisés pour faciliter une bonne exhaustivité. L’étude a été annoncée par affichage dans les services, selon les règles de bonnes pratiques, et a été présentée au cours de réunions. Ce type d’étude ne nécessite pas d’accord du comité d’éthique.

Saisie et analyse

Le contrôle et la saisie informatique des données ont été centralisés. Les logiciels utilisés étaient Epi Info™ (Version 6.04d ; 2002) et SPSS (IBM Corp. Released 2010. IBM SPSS Statistics for Windows, Version 19.0. Armonk, NY: IBM Corp.). Il a été réalisé une analyse univariée des infections apparues au cours du suivi en fonction des types de séjour, des facteurs favorisants et des expositions. Des tests de chi2 ont été utilisés pour les variables qualitatives et une ANOVA pour les comparaisons de moyennes. L’analyse multivariée pour évaluer le rôle spécifique du SAD et du SEV dans l’acquisition d’IU, en tenant compte des autres facteurs, a été faite selon un modèle de Cox descendant (survie sans infection). Tous les facteurs étudiés ont été introduits dans le modèle et exclus en cas de non-signification (p > 0,10).

Organisation et méthodes des programmes de prévention

Après chaque phase d’étude épidémiologique, les résultats ont été comparés aux éléments disponibles de la littérature, afin de vérifier que les taux mesurés étaient comparables à ceux d’autres établissements, que les patients présentant les facteurs de risque d’IU étaient bien les patients le plus souvent infectés et que les patients exposés aux gestes invasifs à risque infectieux étaient également les patients le plus souvent infectés. En fonction des résultats analysés, le comité de pilotage lançait des recherches complémentaires :

  • analyse bibliographique afin de mieux préciser les indications médicales des différentes techniques et les alternatives ;
  • audit documentaire afin de comparer les protocoles aux recommandations en vigueur ;
  • audit des pratiques professionnelles afin de mesurer l’observance des protocoles ;
  • inventaire du matériel mis à disposition des unités et du matériel pouvant être proposé en remplacement.

Les résultats de ces recherches permettaient de définir le contenu et la forme de la campagne de prévention.

Résultats

En 2009, 1 510 fiches ont été remplies, 890 pour des patients en court séjour ou soins de suite et de réadaptation (SSR) et 620 pour des patients en soins de longue durée. Ces patients se répartissaient entre 1 030 femmes (68,2 %) et 480 hommes (31,8 %). L’âge moyen des personnes suivies était de 85,2 ans, avec une moyenne de 84,6 ans en court séjour ou SSR et 85,9 ans en soins de longue durée (p = 0,001). La durée moyenne de suivi était de 13,5 jours en court séjour ou SSR et de 28,0 jours en soins de longue durée. Le séjour préalable à l’inclusion allait de 0 jour à plus de dix ans (avec une médiane de suivi à 19 jours et 35 % des patients inclus le jour de leur admission).

La prévalence des facteurs favorisant les infections est présentée au Tableau I. Chaque facteur étudié était associé à un taux d’IU plus élevé. La répartition des expositions est présentée au Tableau II. Plus de 50 % des patients inclus étaient porteurs de protections, 11,9 % avaient eu une sonde à demeure et 2,6 % au moins un SEV. Les patients ont présenté au total 72 infections (4,8 % des patients). Les patients avec le taux d’infection le plus élevé étaient les patients avec un SEV (29,7 %), devant les patients en SAD (9,9 %). Lorsque ces données étaient rapportées à la durée d’exposition des patients, le même écart était retrouvé entre SAD et SEV, ainsi que le montre le Tableau III. Il n’a pas été noté de différences entre les établissements.

Une analyse complémentaire en méthode multivariée a été faite sur les IU apparues au cours du suivi, en prenant en compte l’ensemble des expositions et des facteurs de risque étudiés. Cette analyse a été faite en utilisant un modèle de Cox descendant qui permet de prendre en compte la durée de suivi des patients (méthode de survie sans infection). Les facteurs en relation significative avec l’apparition d’une IU au cours du suivi en 2009 étaient le résidu postmictionnel, la dépendance, le SEV ponctuel et le SAD. Le risque relatif du SEV était de 5,1 (p < 10-3) et celui du SAD de 1,9 (p = 0,005).

Ces résultats ont conduit à la mise en place du premier programme d’intervention, ciblé sur le SEV (Figures 1 et 2). Ce programme a été défini sur la base d’une analyse de la littérature, d’une enquête de pratiques sur le SEV, conduite par questionnaire auprès de 269 infirmières et médecins en 2010, d’une étude du matériel présent et des alternatives intéressantes. Il a permis l’uniformisation du matériel utilisé, le retrait du matériel inadapté, et la mise à jour du protocole. Il a été diffusé sous forme de séances de formation obligatoires (25 séances, 275 soignants dont 51 médecins) et d’affichage, insistant sur l’amélioration nécessaire du diagnostic de rétention urinaire et l’utilisation du matériel de mesure du volume vésical.

En 2012, 1 547 fiches ont été remplies, 1 118 pour des patients en court séjour ou SSR et 429 pour des patients en soins de longue durée. La différence de répartition peut être expliquée par la séparation des courts séjours et des SSR, préalablement confondus dans de nombreux services. Ces patients se répartissaient entre 1 050 femmes (67,9 %) et 497 hommes (32,1 %). L’âge moyen était de 85,5 ans, sans différence significative entre sexes. La durée moyenne de suivi était de 10,5 jours en court séjour, de 18,7 jours en SSR et de 28,6 jours en soins de longue durée. Le séjour préalable à l’inclusion allait de 0 jour à plus de dix ans et 39,8 % des patients ont été inclus le jour de leur admission. La prévalence des facteurs favorisant les infections était comparable à celle de 2009 (Tableau I), de même que celle des expositions (Tableau II). Il a été observé sept patients avec un Bricker et neuf patients avec un cathéter sus-pubien.

Cette étude a montré une tendance à la réduction du risque d’IU après SEV (17,6 % des patients, p = 0,30) et une légère augmentation des IU après sondage vésical à demeure (14,8 %, p = 0,15). Contrairement à 2009, la différence d’incidence des IU entre SAD et SEV n’était plus statistiquement significative et en analyse multi-
variée selon le modèle de Cox, le SEV n’était plus statistiquement associé à une augmentation de l’incidence des IU, contrairement au SAD [17].

Suite à ces résultats, un deuxième programme a été lancé, ciblé à la fois sur le SEV et le SAD (Figure 2). Les séances de formation sur le SEV ont été poursuivies, en ciblant principalement le nouveau personnel médical et paramédical. Des animations sur le risque lié au SAD ont été organisées pour tout l’établissement, avec l’aide des correspondants en hygiène. Le matériel destiné au SEV ne donnant pas totalement satisfaction (problèmes de jauge, de longueur de tuyau et de taille de sac collecteur), une enquête a été faite par questionnaire auprès des infirmières diplômées d’État (IDE) et ses résultats ont permis de faire évoluer le matériel.

En 2015, 1 612 fiches ont été remplies, avec une répartition des types de séjour comparable à celle de 2012. Ces patients se répartissaient entre 1 080 femmes (67,0 %) et 532 hommes (33,0 %). L’âge moyen des personnes suivies était de 83,5 ans pour les hommes et 86,5 ans pour les femmes (p < 10-3). La durée moyenne de suivi était de 8,5 jours en court séjour, de 16,6 jours en SSR et de 26,5 jours en soins de longue durée. En moyenne les patients ont été suivis 16,4 jours. Le séjour préalable à l’inclusion allait de 0 jour à plus de quinze ans et 36,5 % des patients ont été inclus le jour de leur admission.

La prévalence des facteurs favorisant les infections a peu évolué chez les patients inclus entre 2009 et 2015, ainsi que le montre le Tableau I. Il a seulement été observé un nombre plus élevé de patients avec des vessies neurologiques en 2015. Cent vingt-cinq patients avaient une IU au moment de l’inclusion (7,8 %), dont 107 ont été traités (85,6 %). La répartition des expositions, présentée au Tableau II, avait également peu évolué. Le geste invasif le plus fréquent était toujours le sondage vésical à demeure. La durée moyenne du sondage à demeure suivi pendant la période était de 15,1 jours. Seuls 25 patients ont bénéficié d’un sondage vésical évacuateur. Il a été noté dix patients avec un Bricker et dix patients avec un cathéter sus-pubien en 2015.

Le Tableau III présente l’évolution de l’incidence cumulée des IU nosocomiales en fonction des principaux actes de 2009 à 2015. En 2015, parmi les 161 patients avec SAD, 46 (28,6 %) étaient porteurs de SAD pendant toute la période de surveillance. Ces patients chroniques ont présenté deux infections (4,2 %) alors que les 115 autres patients en ont présenté onze (9,6 %). La différence n’était pas statistiquement significative du fait du petit effectif et doit également être considérée avec précaution, le profil des patients étant très différent.

En 2015, les infections ont été plus souvent observées (de manière statistiquement significative) en cas de rétention, d’immunodépression et d’antécédents d’IU pendant les six derniers mois (Tableau IV). Parmi les 125 patients qui avaient une infection au moment de l’inclusion (7,8 %), 107 patients ont reçu un traitement (85,6 %) et cinq d’entre eux ont présenté une IU au cours de l’observation (4,0 %), ce qui n’était pas plus fréquent que dans la population globale. Il n’a pas été noté de différence entre les établissements.

Les facteurs individuellement en relation significative avec l’apparition d’une IU au cours du suivi, selon la méthode de Cox, en 2015, étaient le sexe féminin (RR = 2,65 ; p = 0,006), les antécédents d’IU dans les six mois (RR = 3,09 p <10-3), l’immunodépression (RR = 3,10 ; p <10-3) et le SAD, mais avec un risque relatif redescendu à 2,35 (p = 0,009). L’hospitalisation en court séjour était associée à plus d’apparition d’IU que celle en SSR, elle-même associée à plus d’infections que l’hospitalisation en long séjour (p < 10-3). La démence était significativement associée à moins d’IU (RR = 0,54 ; p = 0,020).

Analyse des soixante IU nosocomiales

Le Tableau V présente la distribution des types d’infection en 2012 et 2015. Cette distribution, comme l’incidence des IU montrait une tendance à la diminution des IU après sondage vésical à demeure. Le Tableau VI présente la distribution des microorganismes en 2012 et 2015. En 2015, E. coli restait la souche prédominante comme en 2012 (60 % des infections). Les résistances aux antibiotiques observées étaient relativement limitées, comme en 2012 :

  • parmi les 36 E. coli, un seul était résistant au céfotaxime, sensible à l’imipénème et non BLSE, et un était sécréteur de bêtalactamases à spectre élargi (BLSE) ;
  • parmi les deux Klebsiella, les deux étaient résistantes au céfotaxime, sensibles à l’imipénème et non BLSE ;
  • parmi les trois Citrobacter, deux étaient résistants au ceftazidime et sensibles à l’imipénème.

Parmi les autres germes, aucune résistance n’a été signalée. À noter que ce critère n’a pas été rempli dans trois cas.

Discussion

Ces trois études successives ont montré les améliorations dues à des programmes d’intervention ciblés sur les points faibles de l’épidémiologie locale. Elles montrent également que, malgré un programme ciblé et répété, les IU nosocomiales persistent dans les services de gériatrie des HCL, en lien avec un recrutement de patients présentant des facteurs favorisant ces infections, peu modifié au cours des années de suivi. L’étude de 2009 avait montré que le SEV représentait un risque important et indépendant favorisant les IU dans les services de gériatrie des HCL, davantage que le sondage vésical à demeure. Cette constatation, totalement à l’opposé de la littérature qui était unanime pour décrire un taux d’infection plus faible en cas de SEV qu’en cas de sondage vésical à demeure [9,18,19,20], avait conduit à mettre en place un programme de prévention, dont l’efficacité a été vérifiée par une seconde étude épidémiologique comparable conduite en 2012 [17]. Cette étude avait montré une réduction du risque d’IU après sondage évacuateur isolé et une légère augmentation des IU après sondage vésical à demeure. Le rendu des résultats aux équipes avait été associé à une relance des initiatives en faveur d’une amélioration de la qualité pour le sondage vésical à demeure. En 2015, l’incidence des IU associées au SEV n’avait pas évolué significativement depuis 2012 ; mais l’incidence des IU associées au SAD était revenue à la normale. En analyse multivariée, en 2012, le SAD multipliait par six le risque d’apparition d’IU, et il ne le multipliait plus que par deux en 2015. Ces évolutions montrent l’efficacité du programme en place.

Dans la population suivie, bien que tous les facteurs classiquement décrits comme favorisant les IU nosocomiales soient associés à une fréquence plus élevée d’infection, seul un petit nombre de ces facteurs reste significatif en analyse multivariée, et est donc indépendamment lié à cette acquisition. Il est possible que certains facteurs ne soient pas retrouvés significatifs parce que les mesures préventives en place pour les patients concernés permettent de compenser le « sur-risque ». Les patients diabétiques et les patients incontinents, par exemple, ne présentaient pas un risque majoré, mais ces facteurs de risque sont clairement connus des professionnels et des programmes de soins adaptés sont mis en place. Le caractère paradoxalement protecteur de la démence peut, en ce qui le concerne, être explicable par deux hypothèses : d’une part les patients hospitalisés présentant une démence sont hospitalisés pour celle-ci, souvent sans présenter d’autre pathologie, alors que les patients non déments sont souvent polypathologiques, d’autre part parce que le diagnostic de l’IU est plus difficile chez un patient dément.

Les limites de ces études sont liées à la taille de ces études multicentriques : grand nombre de services, recueil décentralisé, charge de travail lourde avec recueil sur papier des nombreuses informations pour tous les hospitalisés. Les biais ont été limités grâce à une formation administrée aux enquêteurs, un guide de recueil très détaillé incluant l’ensemble des définitions et un accompagnement par les professionnels d’hygiène hospitalière. L’augmentation en 2015 du nombre des patients présentant une vessie neurologique, observée spécifiquement dans un établissement, montre que le risque de biais reste difficile à éviter.

Pour les évaluations ultérieures, il serait intéressant d’envisager une évolution de la méthode de recueil des données, avec, si possible, extraction d’au moins une partie des données à partir des dossiers informatisés des patients afin de simplifier le recueil par les praticiens. Plusieurs auteurs se sont intéressés à de tels projets [21,22]. Cependant, la difficulté d’obtenir des données de qualité concernant les actes tels que le SAD et le SEV n’est actuellement pas résolue.

Au cours des trois études, les mêmes facteurs de risque ont été pris en compte dans l’analyse multivariée, bien qu’en 2015 certains facteurs initialement significatifs en 2012 n’aient plus été significativement liés aux taux d’infections en 2015. Le diabète n’augmentait plus significativement le taux d’infection. Il n’a pas été retrouvé d’article récent démontrant l’effet de ce facteur, bien que sa fréquence soit croissante dans la population âgée. Il est possible que ceci soit dû à une meilleure prise en charge de cette pathologie (glycémie mieux équilibrée ?), mais aussi à la prédominance d’autres facteurs. La dépendance, l’incontinence et le résidu post-mictionnel restent des facteurs retrouvés dans les études récentes [2,23,24,25].

Il existe peu d’études publiées pour des populations comparables, au cours des dernières années, mais deux études récentes permettent de faire des comparaisons. Une grande étude italienne de Vincitorio publiée en 2014 a suivi 2 773 patients âgés (plus de 65 ans) hospitalisés dans des services de court séjour médicaux et chirurgicaux [2]. Ces patients ont été suivis pour des durées moyennes de 15,7 jours, soit une durée comparable à celle de notre étude. Le taux de SAD était de 16,7 %. Le taux d’IU a été mesuré uniquement pour les patients sondés. L’incidence cumulée était de 16,4 %, soit plus élevée que celle que nous avons mesurée. Mais l’étude n’incluait pas de patients de long séjour, probablement mieux stabilisés.

Une étude française a été organisée dans les Ehpad en 2010 et publiée en 2014 afin de mesurer la prévalence des IU dans ces établissements [26]. Plus de 6 200 résidents ont été inclus ; parmi eux 93 (1,4 %) étaient porteurs d’une SAD. Soixante-dix-sept IU ont été observées, soit une prévalence de 1,2 %. La comparaison de la fréquence des infections en fonction du sondage n’a pas été faite dans cette étude.

Les germes retrouvés dans les infections à Lyon en 2015 montrent une prédominance de l’Escherichia coli. Cette caractéristique est retrouvée dans la plupart des études [2,26,27,28]. La résistance aux antibiotiques semble rester marginale dans notre étude, caractère retrouvé dans les autres études conduites en gériatrie [27,28]. Bien que la résistance aux fluoroquinolones n’ait pas fait l’objet d’un recueil dans ces études, elle est suivie en continu par le laboratoire de microbiologie et reste également limitée, comparativement à d’autres secteurs hospitaliers. Une partie des IU s’accompagne de bactériémies. Ce point n’avait pas été inclus dans les études de suivi des IU. Une étude plus spécifique sur ces bactériémies a été mise en place dans la suite de ce travail afin d’alimenter une revue de morbi-mortalité.

En conclusion, ce suivi de 2009 à 2015 montre une persistance de l’efficacité des campagnes conduites dans les établissements de gériatrie des HCL. Il souligne que la population accueillie dans les unités de gériatrie reste toujours à haut risque d’IU et qu’il est nécessaire de poursuivre des actions de prévention : formation des personnels, amélioration du matériel, actualisation des protocoles et actions de sensibilisation.

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Conflit potentiel d’intérêts : aucun.