En direct… de l’ARS ARA, la HAS & le Ceppraal – Innover pour la qualité et la sécurité des soins

Auteurs: Claire Chabloz 1, Véronique Chaudier-Delage 2, Cyrille Colin 1, Isabelle Dessales 3, Mounir el Mhamdi 3, Laurence Gilles-Afchain 4, Bruno Lucet 3, Elvire Nogueira 1, Stéphanie Paris 2, Sybil Pessey 1, Gilles Redon 2, Thierry Rusterholtz 2, Michel Sabouret 5, Catherine Stamm 4, Patrick Vandenbergh 2, Perrine Van Straaten 1


Affiliations :

  • 1 - Ceppraal - structure régionale d’appui pour l’amélioration de la qualité et la sécurité en santé en Auvergne-Rhône-Alpes
  • 2 - Agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes
  • 3 - Haute Autorité de santé (HAS)
  • 4 - Observatoire des médicaments, des dispositifs médicaux et des innovations thérapeutiques (Omedit) Auvergne-Rhône-Alpes
  • 5 - Collectif interassociatif sur la santé (CISS) Auvergne-Rhône-Alpes

Auteur principal : Claire Chabloz - Ceppraal - structure régionale d’appui pour l’amélioration de la qualité et la sécurité en santé en Auvergne-Rhône-Alpes - Email : journeeregionale@ceppraal-sante.fr

Résumé

7e Journée régionale Qualité et Sécurité en santé en Auvergne-Rhône-Alpes – 13 octobre 2016 - Une journée ARS Auvergne-Rhône-Alpes, HAS, Ceppraal, en partenariat avec l’Omedit Rhône-Alpes et le CISS ARA

2017

Article

Rencontre annuelle de partage d’expérience entre acteurs de la santé en région Auvergne Rhône-Alpes, la 7e Journée régionale Qualité et Sécurité en santé s’est tenue le 13 octobre 2016 à Lyon sur le thème : « Innover pour la qualité et la sécurité des soins ». Un événement coorganisé par l’Agence régionale de santé Auvergne Rhône-Alpes, la Haute Autorité de santé et le Ceppraal, en partenariat avec l’Observatoire des médicaments, des dispositifs médicaux et des innovations thérapeutiques Rhône-Alpes et le Collectif interassociatif sur la santé Auvergne Rhône-Alpes. Cette septième édition a rassemblé plus de quatre cents participants : professionnels des secteurs sanitaire et médicosocial, exerçant en établissements de santé et en ville, institutionnels, représentants d’usagers… La vision de conférenciers venus d’autres pays d’Europe ou exerçant dans des domaines autres que la santé, a enrichi les échanges, leur apportant une ouverture supplémentaire ; Marie-France Callu, maître de conférences en Droit et membre de comités d’éthique, intervenant dans les établissements de la région et Joan Barrubés, consultant en systèmes sanitaires et prospective hospitalière.

Toute initiative qui facilite ou sécurise la prise en charge des usagers sur tout le parcours de soins, dans les établissements, mais aussi au domicile et en soins de ville, mérite d’être connue et partagée. Le choix des retours d’expérience présentés s’est porté sur des innovations locales concrètes pour accompagner les mutations territoriales, budgétaires et réglementaires que nous connaissons actuellement. L’amélioration de la qualité des soins par le recueil de l’expérience patient-résident, le travail en équipe, et la sécurisation du parcours de l’usager constituaient les trois enjeux principaux des innovations présentées. Les participants ont également pu échanger autour de posters et de stands. Un film et un atelier « bloc des erreurs » ont complété les interventions de la journée.

Les messages-clés à retenir

Le message principal ayant émergé de la journée est la participation du patient ou de l’usager à l’amélioration de la qualité et de la sécurité de soins. L’importance de la synergie d’équipe pour assurer la sécurité des parcours de soins et la nécessité de mesurer les résultats pour les patients/usagers ont également été mis en lumière.

Prix

À l’issue de cette journée, cinq initiatives régionales innovantes ont été récompensées1 pour leur impact ou l’engagement collectif.

Le Prix de la Qualité a été attribué à Olivier Creton de la clinique Charcot pour son Évaluation d’un logiciel de « suivi patient » innovant en chirurgie ambulatoire, et Isabelle Léonard pour le CHU de Saint-Étienne, partis À la recherche de l’erreur (Regards croisés).

Le Prix Poster a récompensé Marion Périn-Dureau du centre hospitalier spécialisé de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, dont l’équipe s’est attachée à Sécuriser la prise en charge médicamenteuse par le Développement des revues pluridisciplinaires des ordonnances en service de psychiatrie adulte, ainsi que Teresa Valderas Tercero du centre de dialyse Calydial pour leur Expérience « vis mon travail » : une opportunité de collaborer pour donner le meilleur de chacun aux patients.

Enfin, le Prix spécial du jury a été remis à Jacqueline Berchoux, représentant d’usagers, et Sylvie Chassy de l’Antenne régionale de lutte contre les infections nosocomiales et associées aux soins (Arlin) Auvergne Rhône-Alpes pour leur témoignage à deux voix : Usagers et représentants des usagers, acteurs de la prévention des infections associées aux soins.

S’ensuivent les résumés de quelques interventions marquantes de cette journée, introduits par une présentation de l’innovation appliquée en santé d’un point de vue juridique et éthique.

L’innovation est entre vos mains – Comment Droit et Éthique vous aident

Marie-France Callu
Maître de conférences en Droit, membre de comités d’éthique – 69 bis, avenue Ferdinand-Buisson – 69500 Bron
E.mail : marie-france.callu@orange.fr

Il faut d’abord s’interroger sur le sens juridique du terme innovation avant d’en rechercher les principaux domaines dans les champs du sanitaire, du social et du médicosocial, que ce soit à propos des nouvelles technologies, des innovations managériales ou décisionnelles, des nouvelles méthodes de prises en charge ou des créations du médicosocial. Il conviendra, ensuite, d’en déterminer les impacts juridiques et éthiques nous permettant de mieux comprendre quel rôle chacun d’entre nous peut jouer dans ces innovations.

Lorsque l’on parle d’innovation, à quoi cela correspond-il d’un point de vue juridique ? En fait, le terme est un peu ambigu : le code de la propriété intellectuelle (article L. 611-10), à propos de ce qui est brevetable, distingue les découvertes (non brevetables : par exemple l’ADN) des inventions (brevetables : le CRISPR2) qui permet de modifier l’ADN. Les inventions nécessitent une nouveauté par rapport à la découverte et un apport de l’intelligence humaine. Mais cet article ne mentionne pas les innovations. Toutefois, ce même code précise, dans les missions de l’Institut national de la propriété industrielle « 1° De centraliser et diffuser toute information nécessaire pour la protection des innovations et pour l’enregistrement des entreprises… » (art. L. 411-1). Il semble que nous ayons une gradation : découverte, invention, innovation, cette dernière améliorant ce qui a été créé par l’invention (le téléphone est une invention et le smartphone est une innovation). En tant que telle, l’innovation sera éventuellement protégée, selon les cas, soit au titre d’un brevet (si l’invention est brevetable), soit au titre de la propriété intellectuelle (si l’invention ne relève pas d’un brevet). À partir de ce constat, deux grandes questions se posent dans le champ du sanitaire, du médicosocial et du social : quelles sont les principales grandes formes d’innovations que l’on peut trouver (1) et quel regard juridique et éthique peut-on porter sur ces innovations (2).

Les principales formes d’innovations que l’on peut trouver dans vos champs d’intervention

À titre de présentation, nous ne retiendrons que quatre grands domaines d’innovation, sachant que cette liste est simplement démonstrative.

Les nouvelles technologies : les robots médicaux ou chirurgicaux, tous les objets relevant de ce que l’on appelle la santé connectée, que ce soit des objets de plaisirs (montre pour vérifier ses performances à la course) ou des objets de suivi médical (prothèses connectées). Ce sont des innovations, dans la plupart des cas, car ils reprennent des pratiques ou des gestes humains, préexistants, mais qui sont désormais réalisés par des machines ou des outils. Ils ont conduit à la création des territoires de soins numériques ;

Les innovations managériales ou décisionnelles : les procédures collégiales, les réunions de concertation pluri-disciplinaires, la coopération interhospitalière, la transformation des agences régionales de l’hospitalisation en agences régionales de santé ;

Les nouvelles méthodes de prise en charge : méthode du patient traceur, le patient qui va debout en salle d’opération, l’éducation thérapeutique du patient, la légalisation des directives anticipées, les parcours de santé complexes, la création de l’action de groupe en santé, les salles de consommation à moindre risque (salles de shoot) ;

Les innovations entre médicosocial et sanitaire : le médicosocial a toujours l’impression qu’il subit un peu ce qui lui vient du sanitaire et que cela est toujours à sens unique, ce qui est faux. À titre d’exemple, la loi du 4 mars 2002 (sanitaire) reprend les innovations de la loi du 2 janvier 2002 (social et médicosocial) que sont les livrets d’accueil, l’importance des relations avec les usagers (les conseils de la vie sociale et les commissions des usagers), la prise en compte d’un parcours globalisé d’un usager.

Quel regard juridique et éthique peut-on porter sur ces innovations ?

Pour répondre à cette question complexe, différents critères doivent être actionnés.

D’un point de vue juridique

Il convient de faire la différence entre ce qui est obligatoire en raison d’un texte juridique et ce qui ne l’est pas, ce qui conduit à une différence fondamentale dans l’appropriation de l’innovation. C’est ainsi que les procédures collégiales en fin de vie sont obligatoires et assez développées alors que les directives anticipées ne sont pas obligatoires et encore peu utilisées ; le groupement hospitalier de territoire est obligatoire pour les établissements publics de santé mais non pour les établissements privés de santé (article L.61321 du Code de la santé publique). Il faut également rechercher de quel point de vue l’on se place. Aucune innovation n’est neutre, ni humainement, ni financièrement. Chaque innovation en santé va, de manière plus ou moins directe, impliquer différents acteurs : l’usager, sa famille et ses proches, les professionnels de santé, les établissements et services, les instances (agences régionales de santé, ministères, Haute Autorité de santé, agence de la biomédecine…), l’assurance-maladie, les assureurs, les industriels. Très naturellement, les points de vue peuvent être parfaitement contradictoires : ce qui peut être considéré comme une innovation importante pour les patients peut se révéler très compliqué pour les professionnels de santé et être une charge financière importante pour la société ; inversement, ce qui tend à limiter les risques financiers peut être vécu très difficilement par les professionnels et les patients. Face à ces problématiques a priori inconciliables, que nous dit le droit ? Qu’il faut travailler à partir d’un principe, d’une hiérarchisation et d’une harmonisation.

Le principe : innover, c’est bouger, chercher à améliorer en permanence. Cela est non seulement normal, mais indispensable.

La hiérarchisation : qu’est-ce qui doit primer dans les innovations ? Les intérêts individuels des personnes ou l’intérêt du groupe social tout entier ? Le Code de la santé publique comme le Code de l’action sociale et des familles placent, en premier, l’intérêt des personnes accueillies et de leur prise en charge individuelle, et ceci d’autant plus qu’elles sont des personnes vulnérables. Mais se posent alors les questions des contraintes budgétaires c’est-à-dire du coût, pour le groupe social, de ces prises en charge individuelles. Lorsque l’on se trouve face à des produits financiers inférieurs aux charges financières, comment faire pour protéger à la fois chaque usager et l’ensemble des usagers ? La hiérarchisation devient difficile. Le propre du droit public est de partir du principe que le groupe social étant composé d’une multitude d’individus, en protégeant le groupe on protège chaque individu. Dans la santé, il faudrait privilégier les innovations qui permettent de faire des économies globales. Mais le droit privé rappelle que chaque personne est unique et n’a qu’une vie, contrairement au groupe social qui est éternel.

L’harmonisation : comment équilibrer ces forces contradictoires ? Le droit romain (Digeste) avait cette formule, toujours en vigueur aujourd’hui : « Le droit est l’art du bon et de l’équitable ». Le droit, par nature, vise à organiser la vie du groupe social et les innovations en santé devront tendre à être applicables au plus grand nombre, sachant que les textes, dans le même temps, vont chercher à impliquer chacun d’entre nous afin que nous puissions nous approprier ce qui peut l’être (parcours complexes, éducation thérapeutique, les objets connectés, prise en charge des génériques) et participer à diminuer la charge financière globale.

D’un point de vue éthique

Quelle est la finalité de l’innovation ? Elle ne sera reconnue comme telle (au sens de l’amélioration) que si elle a un sens, clair, connu et acceptable par tous les acteurs. Toute innovation est une incertitude, une prise de risques, pour les créateurs, pour les futurs utilisateurs, pour la société. Cela implique que les avantages financiers (bénéfices ou économies), ne peuvent être les seules finalités réellement recherchées. Une nouveauté présentée comme une innovation qui serait ressentie comme n’apportant que des avantages financiers à ses seuls concepteurs susciterait immédiatement la défiance des usagers. Lorsque l’on s’interroge sur une innovation possible en santé, il ne convient pas de limiter la discussion à savoir ce qui est permis ou non de faire, mais il faut élargir le débat à ce qui serait bienfaisant pour les utilisateurs, de leur point de vue à eux. En cela, le droit rejoint totalement l’éthique dans la mesure où le Code de la santé publique commence par rappeler la dignité que l’on doit aux patients, tout comme le Code de l’action sociale et des familles rappelle la dignité de toutes les personnes prises en charge.

Conclusion

Non seulement il ne faut pas avoir peur des innovations, mais il faut se rappeler que chacun d’entre nous est porteur de créativité et d’idées qui peuvent apporter un mieux là où il se trouve. L’innovation, c’est aussi un regard positif sur notre quotidien.

Évaluation d’un logiciel de « suivi patient » innovant en chirurgie ambulatoire

Dr Olivier Creton
Chirurgien vasculaire – Clinique Charcot – 49, rue du Commandant Charcot – 69110 Sainte-Foy-lès-Lyon
E.mail : olivier.creton@gmail.com

Objectif

La chirurgie des varices sous anesthésie locale tumescente est peu répandue. Nous souhaitions évaluer la faisabilité et les résultats de cette technique. Nous avons donc développé un logiciel novateur : « Qualivein » permettant de recueillir « l’expérience patient » après la sortie de l’établissement. Les patients étaient invités à se connecter quotidiennement sur une plateforme sécurisée afin de recevoir toutes les informations utiles au bon déroulement de leurs suites opératoires, puis de remplir un questionnaire relatif à leur suivi.

Méthodes

Cette étude prospective bicentrique portant sur 1 543 interventions a été menée du 1er janvier au 10 février 2016. Tous les patients opérés de varices sous anesthésie locale tumescente avec ou sans sédation et possédant un courriel valide étaient inclus. Le recueil des données postopératoires était effectué grâce au logiciel Qualivein quotidiennement de J0 à J7 puis à J15 et J30. Il était demandé aux patients de renseigner dans le logiciel Qualivein leur douleur, saignement, capacité fonctionnelle et satisfaction. Les buts poursuivis étaient d’améliorer la connaissance des suites précoces des patients opérés de varices sous anesthésie locale notamment en termes de récupération fonctionnelle, de sécuriser le parcours patient au cours de la période postopératoire et de valider ce mode de communication avec le patient.

Résultats

Soixante-quinze pour cent des patients opérés durant cette période ont pu être inclus dans cette étude (adresse e-mail valide). La population comportait 73,69 % de femmes, l’âge moyen était de 52 ans. Il s’agissait d’une récidive dans 24 % des cas. Le score de sévérité clinique moyen était de 4,67/30. Une anesthésie locale sans aucune sédation a été réalisée dans 83,2 % des cas. Aucune complication per-procédure ayant conduit à interrompre le geste n’est survenue. Au jour 0 (J0) et J1, le taux de réponse au questionnaire était respectivement de 78 % et 67 % pour atteindre 48 % au septième jour postopératoire. À J0 et J1 la douleur moyenne sur une échelle visuelle analogique était respectivement de 1,72/10 et 1,19/10. L’activité était considérée comme normale ou subnormale dans respectivement 85 % et 93 % des cas. 99,6 % des patients se disaient satisfaits ou très satisfait à J0. Un jeune âge, une sédation associée, une embolisation étaient des facteurs péjoratifs en termes de douleur postopératoire. La récupération fonctionnelle était moins bonne chez les sujets jeunes, les obèses et lorsqu’une sédation était réalisée.

Discussion

Cet outil développé pour le suivi de la chirurgie des varices a complètement rempli son cahier des charges. Il a rencontré un grand succès auprès des patients comme en témoigne le taux de satisfaction. Il nous a permis de sécuriser le parcours de soins postopératoire du patient en lui délivrant des informations régulières. De plus, en cas de suites anormales, le praticien recevait automatiquement une alerte lui permettant de contacter immédiatement le patient. Il nous a également permis de mener une recherche clinique de qualité, de dégager des facteurs de moins bonne récupération afin d’améliorer nos pratiques professionnelles. Passé l’étape de développement, l’utilisation quotidienne entraîne un surcroît de travail d’environ une minute par patients. Actuellement le coût annuel est de 2 000 €, il correspond à la maintenance du serveur et à la maintenance curative et évolutive de l’application. Fort du succès de ce logiciel, nous avons développé un logiciel ubiquitaire permettant d’établir un lien entre patient, praticiens et établissement afin de préparer l’hospitalisation en amont et d’assurer un suivi efficace après la sortie du patient.

Conclusion

La chirurgie des varices sous anesthésie locale tumescente avec ou sans sédation peut être réalisée sans risque. L’utilisation d’un logiciel de suivi est possible à grande échelle, il apporte sécurité et satisfaction aux patients et permet d’améliorer les pratiques médicales.

À la recherche de l’erreur : regards croisés

Isabelle Léonard, Grégory Verrière, Olivier Astor, Sandrine Mondière, Claire Redon, Pascale Oriol
Hôpital Nord, CHU de Saint Étienne

Isabelle Léonard – Service Pédiatrie – Hôpital Nord – CHU de Saint Étienne – 42055 Saint Étienne cedex
E.mail : isabelle.leonard@chu-st-etienne.fr

Contexte et objectif

La simulation en santé est une méthode pédagogique cadrée par le guide de bonnes pratiques publié par la Haute Autorité de santé en 2012, particulièrement adaptée à la formation des équipes soignantes, qui leur permet d’acquérir ou renforcer des connaissances sans risque pour les patients. Les chambres des erreurs, déjà mises en place dans de nombreux établissements, en général lors d’actions ponctuelles, entrent dans ce cadre. Il a été décidé à l’initiative de la cellule d’identitovigilance de profiter de locaux destinés à la formation incendie pour mettre en place au CHU de Saint-Étienne non une chambre, mais une unité des erreurs.

Méthode

Le groupe déjà pluriprofessionnel et multidisciplinaire a été rejoint par des représentants des vigilances, de la pharmacie, de l’unité d’hygiène et d’autres comités. Nous avons ainsi un panel de quinze formateurs disponibles, médecins, pharmaciens, cadres, IDE, ingénieurs. La première étape, sur six mois, a été l’écriture de plusieurs scénarios, l’unité comportant quatre chambres et une salle de soins. Les erreurs proposées concernent des domaines variés : accidents d’exposition au sang, hygiène, confidentialité, bientraitance, médicament, identitovigilance, sécurité, déchets, douleur… Toutes les erreurs mises en scène sont inspirées de déclarations d’événements indésirables ou de résultats d’audits de notre établissement. Les groupes formés associent des soignants de professions et de spécialités variées : cadres de santé, IDE, sages-femmes, aides-soignantes, auxiliaires de puériculture, manipulateurs de radiologie, préparateurs en pharmacie, kinésithérapeutes, internes. Après une présentation de la session, chacun passe dix minutes dans une chambre et dix minutes en salle de soins, et doit repérer dix erreurs dans chaque pièce. Une fondamentale séance de débriefing vient clôturer la séance.

Éléments de suivi et résultats

Au premier semestre 2016, plus de cinq cents agents ont été formés en 34 séances. D’après un questionnaire rempli en fin de séance, le taux de satisfaction globale est de 100 % ; 97 % des agents recommandent cette formation à leurs collègues (2 % de non-réponse). Les éléments positifs les plus cités sont les échanges entre professionnels, la confrontation à des cas concrets, la mise en situation. Certains trouvent la formation trop courte. Des statistiques sont réalisées sur les erreurs détectées ou non pour permettre aux responsables des différents domaines de cibler leurs priorités à venir. La possibilité de faire évoluer les scénarios au fil du temps nous permet de nous adapter aux activités potentiellement à risque observées via les fiches d’alerte.

Discussion

Le développement d’un tel outil demande beaucoup de temps, d’énergie et de rigueur. Compte tenu du large champ couvert, et malgré la présence systématique d’un binôme de formateurs, nous sommes amenés à débriefer sur des domaines sur lesquels nous ne sommes pas spécialistes. Il a donc fallu que nous nous formions les uns les autres au préalable, et un guide du formateur a été réalisé et mis à disposition de tous. Si les intérêts directs pour les patients sont probablement difficilement chiffrables, cet outil présente un plus indiscutable dans la prévention des risques. Il permet sous un mode ludique et vivant de faire le tour de toutes les bonnes pratiques. Son caractère assez informel permet des échanges riches et libère la parole de professionnels qui ne seraient jamais intervenus au cours de séances de formation classiques. Il entraîne également les soignants au repérage rapide des erreurs, cette rapidité de détection pouvant s’avérer fondamentale dans la « vraie vie ». Notre choix de mêler les catégories professionnelles et les spécialités représentées permet des échanges beaucoup plus riches, et la prise de conscience de l’importance de tous dans une prise en charge globale du patient. Une réflexion a débuté sur un secrétariat, un couloir, un bloc des erreurs. Les représentants des usagers sont eux aussi enthousiasmés par cet outil.

Conclusion

L’unité des erreurs telle que nous l’avons conçue, pérenne et évolutive, multidisciplinaire et pluriprofessionnelle tant pour les agents formés que pour le groupe de formateurs est un outil de formation et d’évaluation en termes de prévention des risques extrêmement apprécié et utile, permettant de cibler rapidement les points importants, de ne pas mettre en place de formations inutiles sur des sujets bien connus et permettant de valoriser chaque catégorie professionnelle.

Sécuriser la prise en charge médicamenteuse : développement des revues pluridisciplinaires des ordonnances en service de psychiatrie adulte

Marion Périn-Dureau, Annick Moulsma, Pierre-François Godet
Centre hospitalier spécialisé Saint-Cyr-au-Mont-d’Or

Dr Marion Périn-Dureau – Service Psychiatrie – Centre hospitalier spécialisé – 45, rue Jean-Baptiste Perret – 69450 Saint-Cyr-au-Mont-d’Or
E.mail : mperindureau@ch-st-cyr69.fr

Objectif

Suite à un événement iatrogène grave (EIG) au sein de notre unité en septembre 2013, il a été décidé de réorganiser le parcours médicamenteux du patient, en renforçant la coopération et la mise en commun des compétences complémentaires entre cliniciens et pharmacien. En psychiatrie, les risques principaux iatrogènes sont identifiés d’une part à la phase aiguë avec le risque d’interactions médicamenteuses et d’autre part avec l’apparition d’une iatrogénie tardive liée à l’utilisation prolongée des psychotropes. Nous avons eu pour objectifs de sécuriser les prescriptions médicamenteuses afin de limiter les EIG.

Contexte

Il a été mis en place pour les patients hospitalisés à temps plein une revue pluridisciplinaire des ordonnances (RPO) sous la forme d’une réunion collégiale de 90 min/semaine avec l’ensemble des prescripteurs de l’unité et le pharmacien. Le médecin référent expose l’anamnèse (clinique et médicamenteuse) puis les objectifs cliniques attendus afin de discuter collégialement des améliorations répondant aux questions cliniques et de pharmacothérapie. Une analyse de la littérature et des recommandations permet de discuter les schémas thérapeutiques de potentialisation.

Résultats

La première année, 847 ordonnances ont été analysées au sein des deux unités d’entrée du pôle 69G28. Aucun EIG concernant les psychotropes n’a été déclaré durant cette période. Un EIG lié aux anticoagulants a été repéré, et suivi de la mise en place d’un fonctionnement similaire par les somaticiens concernant spécifiquement les antivitamines K. À l’issue de la première année, le dispositif a été progressivement étendu aux autres pôles adultes de l’établissement. Des outils d’évaluation ont été mis en place afin d’objectiver sa pertinence : sur onze mois, 1 488 ordonnances ont été revues. Quarante-cinq pour cent ont bénéficié d’au moins une amélioration pour un total de 954 améliorations (soit ~1,4 amélioration par ordonnance). Au cours de cette troisième année, déjà 1 574 ordonnances ont été revues, les indicateurs sont encore en cours de saisie.

Discussion

Ce travail pluridisciplinaire régulier a renforcé les liens entre professionnels. Progressivement se constitue un socle commun de connaissances entre psychiatres et pharmacien, ce qui améliore la synergie entre les professionnels et améliore la qualité des échanges. Les différents participants acquièrent un raisonnement commun concernant l’utilisation des psychotropes, et ainsi plus de cohérence. Nous notons également un intérêt pédagogique pour les internes. L’impact de cette action sur l’amélioration des pratiques professionnelles ne pourra être évalué que progressivement, en sachant qu’il est difficile d’évaluer la synergie pluridisciplinaire. Cette organisation nécessite une volonté forte de collaboration entre praticiens et une grande disponibilité du pharmacien, ce qui en limite la mise en œuvre. Sur notre établissement, ce type de travail pluridisciplinaire s’est développé progressivement sur l’ensemble des pôles, avec des organisations spécifiques par service. Cette organisation permet une sécurisation de l’utilisation des médicaments et l’établissement améliore ainsi le niveau de maîtrise des risques par les critères d’audit InterDiag médicaments (Agence nationale d’appui à la performance). Il serait intéressant de pouvoir intégrer au sein des RPO la présence d’un somaticien et des infirmiers. Il y a également pour projet d’établissement le développement d’une consultation d’experts médecin-pharmacien, avec la création d’une unité de soins de recours pour les patients présentant une symptomatologie dite résistante.

Conclusion

Afin d’améliorer la sécurité de l’utilisation des médicaments, il est indispensable de renforcer le travail de collaboration pluriprofessionnelle. L’organisation mise en place au sein du pôle puis à l’échelle de l’établissement permet une coopération effective entre les différents partenaires et enrichit l’équipe par la complémentarité de chacun. Les RPO ayant participé à une amélioration significative des ordonnances, ont été pérennisées puis déployées en cercle vertueux aux trois pôles adultes de l’établissement. Ceci conduit à une amélioration des pratiques au profit des patients.

Expérience « vis mon travail » : une opportunité de collaborer pour donner le meilleur de chacun aux patients

Marie Lino Daniel, Teresa Valderas Tercero, Natacha Petit, Adrien Bonnand, Sophie Racaniere, Marie Lodiot, Nathalie Vincent, Patrick Hallonet
Centre associatif lyonnais de dialyse (Calydial), Vienne

Teresa Valderas Tercero – Néphrologie – Calydial – CH Lucien-Hussel – BP 127 – 38209 Vienne cedex
E-mail : teresa.valderas@calydial.org

Objectif

Expérience « vis mon travail » ou donner l’occasion aux collaborateurs volontaires de mieux connaître la réalité du travail de leurs collègues, leurs contraintes et leurs compétences. Une journée thématique organisée à l’occasion de la Semaine pour la qualité de vie au travail (13 au 17 juin 2016).

Contexte

Calydial est un établissement de santé privé d’intérêt collectif dont l’activité consiste à prendre en charge les personnes souffrant de maladie rénale chronique à tous les stades : insuffisance rénale chronique avant le stade de la dialyse, hémodialyse, dialyse péritonéale, suivi des patients greffés. Nous voulions renforcer la culture des intérêts mutuels entre les différents services de notre organisation, suite à un constat de méconnaissance des métiers des uns et des autres mais aussi à une volonté de fédérer les équipes. Il s’agissait d’éviter la tendance à renvoyer la responsabilité des problèmes et difficultés aux autres services internes et de la remplacer avantageusement par des attitudes de collaboration. Toujours dans un contexte d’approche processus et de collaboration entre clients et fournisseurs, non seulement externes mais aussi internes. Nous avions aussi constaté une difficulté à parler de son travail et à connecter les tâches des métiers éloignés du patient à la mission de Calydial.

Méthode

Le principe : durant une journée, les collaborateurs volontaires ont pu échanger leur poste de travail avec leurs collègues selon des « règles du jeu » fixées à l’avance avec l’équipe du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail. Les conditions de participation étaient :

  • être en poste à un moment au cours de la semaine de la qualité de vie au travail ;
  • se porter volontaire pour découvrir un métier ou faire découvrir le sien en répondant à un questionnaire ;
  • s’engager à respecter la charte de confidentialité et le secret médical.

Pour répondre aux obligations de continuité de la prise en charge des patients, les métiers de soins n’ont pas été échangés mais découverts en binôme, en présence du collègue compétent. Un entretien directif est réalisé avant l’observation. Les questions portant sur :

  • la connaissance de l’autre métier afin d’analyser la représentation naïve avant l’observation : « Aujourd’hui, comment vois-tu le métier de […] ; quel intérêt, quelles difficultés, des contraintes ? » ;
  • les interactions du métier avec les autres professions de Calydial : « À ton avis, avec quels autres professionnels, le métier de […] est amené à travailler ? » ;
  • la contribution du rôle observé à la qualité de la prise en charge patient : « Selon toi, entre 0 et 10, la contribution de ce métier au bien-être des patients est de … » ;
  • l’impact positif du métier découvert sur sa propre mission : « Qu’apporte ce métier à ton métier ? ».

Les mêmes questions sont posées après l’expérience pour permettre d’identifier les changements de représentations.

Résultats

La responsable des ressources humaines (RRH) a accompagné un infirmier diplômé d’état (IDE) dans sa tournée à domicile, un IDE a suivi un médecin néphrologue pendant sa journée de travail en centre lourd d’hémodialyse, un IDE de dialyse péritonéale a passé une demi-journée avec la chargée de mission gestion du progrès et risques, le pharmacien a suivi un IDE en plateau technique d’hémodialyse, la comptable a accompagné l’assistance sociale… Au total, huit binômes ont été constitués. Le débriefing à froid fait état de retours très positifs. Les participants demandent que cette expérience soit réitérée.

Discussion

Au-delà de ses bénéfices sur le climat social, « Vis mon travail » fait toucher du doigt les réalités du travail et peut conduire à leur amélioration. Nous réitérerons l’expérience avec un point d’amélioration pour la prochaine édition : encourager davantage l’équipe médicale à découvrir les autres métiers du parcours de soins.

Conclusion

La prise de conscience peut venir des participants eux-mêmes : après avoir passé une demi-journée avec un IDE, la RRH et le pharmacien ont découvert la capacité d’adaptation constante des IDE au patient et la spécificité relationnelle avec les patients chroniques. De quoi les inspirer dans leur quotidien professionnel. L’idée est de développer le dialogue et le partage d’expérience dans l’association autour des conditions de travail contribue à l’amélioration des pratiques. La collaboration est bénéfique à tous, en particulier à ceux qui justifient notre raison d’être : les patients.

Usager et représentants d’usagers, acteurs de la prévention des infections associées aux soins

Jacqueline Berchoux1,2, Sylvie Chassy3
1- Représentant des usagers, CISS ARA, Lyon
2- CHU, Saint-Étienne
3- Arlin Auvergne Rhône-Alpes, Saint-Genis Laval

Sylvie Chassy – Arlin Auvergne-Rhône-Alpes – 20, route de Vourles – 69230 Saint-Genis Laval
E.mail : sylvie.chassy@chu-lyon.fr

Contexte, objectifs

Le Collectif interassociatif sur la santé Auvergne-Rhône-Alpes (CISS ARA) et l’Antenne régionale de lutte contre les infections nosocomiales et associées aux soins (Arlin) Auvergne-Rhône-Alpes travaillent ensemble à l’élaboration d’outils et de formation des représentants d’usagers (RU). L’objectif est de permettre aux usagers et RU d’être acteurs de la prévention des infections associées aux soins (PIAS) dans leurs établissements de santé. Cette collaboration s’appuie sur le programme national d’actions de prévention Propias 2015 :

  • Axe 1 Thème 1 Action 1 : développer et diffuser aux usagers et RU des outils d’aide à la communication avec les professionnels sur les infections associées aux soins (IAS), et favoriser la prise de parole du patient (oser) ;
  • Axe 1 Thème 3 Action 4 : former les RU, proposer des formations « compétences » PIAS.

Méthode

Élaboration par le CISS et l’Arlin d’une plaquette « J’OSE* » sur le thème de l’hygiène des mains pour faciliter la prise de parole de l’usager. Mise en page effectuée par le CISS.

Diffusion de la plaquette pendant les semaines sécurité du patient en 2014 et 2015. E.mailing aux équipes d’hygiène des établissements de santé et aux équipes mobiles d’hygiène, aux directions des établissements médicosociaux : commande gratuite de la plaquette, avec sa fiche pédagogique, auprès de l’Arlin.

Suivi du nombre de plaquettes distribuées et questionnaire permettant d’évaluer de l’impact de cette action. Deux possibilités pour remplir ce questionnaire, avant le 31 décembre : lien pour remplissage en ligne ou remplissage d’un formulaire word transmis à tous les demandeurs de plaquettes, par e-mailing.

Premier trimestre 2016, recueil des besoins de formation des RU par le CISS, dans les territoires, à l’aide d’un questionnaire. Formalisation d’un programme de formation sur une journée, CISS/Arlin, à partir des besoins identifiés. Planification de formations en juin et octobre 2016, vingt RU par session : Lyon, Chambéry. Remise de clés USB avec les supports, les liens pour la bibliographie. Évaluation de la satisfaction par le CISS.

Résultats

3 800 plaquettes « J’OSE » diffusées en 2014 et 5 000 plaquettes en 2015 :

  • dans 55 établissements de santé (CHU, CH, MCO, SSR…),
  • dans 27 établissements médicosociaux (Ehpad, FAM, MAS, IME),
  • par trois EMH, intervenant dans 35 à 50 Ehpad chacune.

Évaluation de l’impact de cette action : 40 % des établissements ont retourné le questionnaire :

  • outil facilitant le dialogue soignant/patient-résident pour 70 % des établissements,
  • sept usagers sur dix osent réaliser plus d’hygiène des mains,
  • six usagers sur dix osent poser des questions sur l’hygiène des mains.

En juin 2016 s’est déroulée la première formation des RU à Lyon. Parmi les participants, 62 % se sont déclarés très satisfaits, 38 % satisfaits. Les thèmes abordés étaient :

  • les mécanismes de transmission des microorganismes et les moyens de prévenir cette transmission, les infections associées aux soins, les indicateurs ;
  • être RU en réunion de Clin : échanges après visionnage d’une vidéo de simulation d’une réunion de comité de lutte contre les infections nosocomiales (Clin) et témoignage d’un RU participant aux réunions de Clin.

Discussion

Les usagers et RU verbalisent auprès du CISS leurs difficultés à être pleinement acteurs et sont en demande d’outils et de formation. La plaquette « J’OSE » est un outil permettant d’inciter l’usager et son entourage au dialogue avec le professionnel de santé. Le soignant, formé à l’hygiène des mains, participe ainsi à l’éducation de l’usager : réaliser une hygiène des mains efficace, au bon moment. Soignants éducateurs à la santé, usagers acteurs de la PIAS, représentants d’usagers acteurs lors de l’élaboration du programme d’action de lutte contre les infections associées aux soins : les usagers sont demandeurs. Et les professionnels de santé ?

Conclusion : Le message à retenir

Usagers et représentants des usagers, acteurs de la prévention des infections associées aux soins ? OUI, à condition de leur proposer des outils concrets.

RU acteur en réunion de Clin ? Oui, avec une formation au préalable lui permettant d’acquérir les compétences PIAS nécessaires pour une participation active à l’élaboration du programme d’actions de lutte contre les IAS de l’établissement.

1- Les auteurs membres du comité scientifique de l’événement n’étaient pas candidats aux prix.

2- Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats : question de séquence palindromique c’est-à-dire de séquence d’ADN (en génétique).

Programme et présentations 2016 accessibles à : www.ceppraal-sante.fr/ressources/documentation/journee-regionale-qualite

Prochaine édition : jeudi 16 novembre 2017 : Espace Tête d’Or, Lyon-Villeurbanne
Informations et inscriptions : www.ceppraal-sante.fr