En direct des… JIQHS 2018

Résumé

De la qualité à l’efficience : le nouvel enjeu pour les systèmes de santé

2019

Article

L’international à l’honneur pour ce 20e anniversaire

Pascal Forcioli, président fondateur des Journées internationales de la qualité hospitalière et en santé (JIQHS) et directeur du centre hospitalier (CH) de Bastia, a ouvert l’édition 2018 de ces JIQHS. Organisée par SPH Conseil, elle s’est déroulée les 3 et 4 décembre derniers au Beffroi de Montrouge (92). Pour son 20e anniversaire, ce congrès a laissé une large place aux expériences étrangères ; en témoigne la présence dès cette introduction du Dr Néjoua Belkaab, responsable de l’unité performance, qualité et gestion risques au ministère de la santé marocain, et représentant le Pr Hicham Nejmi, secrétaire général du ministère de la santé marocain.

Ces deux journées ont alterné tables rondes et conférences en plénières, ateliers, et moments conviviaux autour du village des exposants.

Présentation plénière

Évaluation du programme national de sécurité des patients 2013-2017

Le programme national pour la sécurité des patients (PNSP) 2013-2017 a été le premier programme déployé en France porteur d’une vision transversale de sécurité tout au long du parcours de soins. Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a été saisi par le ministère des Solidarités et de la Santé en juillet 2017 pour évaluer les trois premiers axes de ce programme : (1) information du patient, le patient coacteur de sa sécurité ; (2) amélioration de la déclaration et de la prise en charge des évènements indésirables associés aux soins ; (3) formation, culture de sécurité, appui. Le quatrième axe du PNSP, dédié à la recherche, a été exclu de la requête pour des raisons de calendrier et de charge de travail. Le Pr Michel a présenté une synthèse des préconisations du rapport d’évaluation du HCSP [1]. À l’issue de son évaluation, le HCSP a formulé dix préconisations pour la poursuite de la politique nationale de sécurité des patients, définies selon 3 axes :

Promouvoir de nouveaux objectifs pour développer la sécurité des patients

  • renforcer des approches thématiques pour réduire l’incidence des EIG,
  • intégrer les questions de sécurité dans les parcours patients,
  • consolider le circuit de recueil et de traitement des données relatives aux évènements indésirables,
  • poursuivre la construction d’une culture commune de sécurité des patients,
  • développer la recherche consacrée à la sécurité des patients.

Poursuivre une politique forte consacrée à la sécurité des patients

  • choisir le cadre adapté pour la mise en œuvre des préconisations.

Déterminer les modalités de la future gouvernance de la politique de sécurité des patients

  • impliquer largement l’ensemble des acteurs mais piloter de façon resserrée au niveau national,
  • organiser une gestion de projet plus nettement déconcentrée,
  • définir ex ante les modalités de suivi et le système d’information nécessaire,
  • renforcer la communication sur la sécurité des patients.
Table ronde plénière

Qu’attendez-vous des systèmes de santé ?
Les enjeux de la qualité et de la pertinence dans le parcours de soins

Cette table ronde a été animée par M. Forcioli, et a rassemblé Mme Wasmer, de la direction générale de l’Offre de soins (DGOS), le Dr Grenier de la Haute Autorité de santé (HAS), et M. Plavis, patient-expert et coordinateur Île-de-France de France Assos Santé.

La culture de sécurité est ainsi un vrai sujet, et on aurait besoin de la définition d’objectifs de sécurisation pour les innovations, telles que les objets connectés, pour les dispositifs invasifs, etc. Les professionnels, mais aussi les patients, souhaitent être informés sur le niveau de sécurité des soins. D’un point de vue factuel, l’enquête nationale sur les événements indésirables liés aux soins (Enéis) 3 apportera un nouvel éclairage chiffré en 2020.

La politique centrale de la stratégie gouvernementale de transformation du système de santé est d’améliorer la qualité des parcours ; avec « Ma santé 2022 », ses 10 chantiers et sa soixantaine de mesures, dont un programme « e-parcours » entre les différentes structures de santé. L’amélioration de la qualité et de la pertinence des soins est pilotée par la caisse nationale de l’Assurance Maladie (Cnam) et la HAS, et est basée deux axes : le premier est de considérer le patient comme une source d’information pour améliorer le système de santé, et le second est le remplacement de la tarification à l’activité (T2A) par un financement à la qualité dès 2019. D’autres nouveautés introduites par cette politique sont par exemple l’émergence de nouveaux métiers interstitiels en santé.

Le projet stratégique de la HAS 2019-2024 vient d’être rendu public, et concerne notamment la certification des établissements de santé et l’évaluation des établissements médico-sociaux. L’enjeu est double : améliorer l’appropriation des politiques et des recommandations, y compris par les patients, mais aussi mesurer l’impact du système de santé en développant des indicateurs. Ces derniers serviront à la régulation, à améliorer les pratiques des professionnels et à informer les patients/usagers sur la qualité du service rendu.

L’expérience tunisienne

La présentation du Dr Lofti Ben Mosbah, président de la Société tunisienne de gestion des risques en établissements de santé (Sotugeres), sur l’organisation de la mesure de la qualité de soins en Tunisie, a clôturé cette plénière. Dans ce pays, un Institut national de l’évaluation et de l’accréditation en santé (Inéa) a été créé en 2012. Après celui d’Afrique du Sud, le système de santé tunisien est le plus performant en Afrique. Pourtant, on y constate encore de nombreux progrès possibles. La proximité de l’Europe constitue à la fois un défi et une opportunité, source d’inspiration et de financement. L’objectif de l’Inéa est de devenir une sorte de HAS tunisienne ; gérant l’accréditation et l’évaluation des établissements de soins ; et adaptant les guides de bonnes pratiques de la HAS française, faute de plus de moyens. Cette situation oblige à prendre le temps de bâtir une organisation solide et efficiente.

Atelier de la Fédération française des associations en Qualité sécurité en santé (Faqss)

Du questionnaire de satisfaction à l’expérience patient

La mesure de la satisfaction du patient est obligatoire depuis l’ordonnance du 24 avril 1996 [2], mais les résultats issus de cette mesure ne peuvent tenir lieu de diagnostic [3]. L’intrication de différents registres (lien patient/maladie d’un point de vue physiologique, social, psychique, financier ; divergences potentielles patient/soignants sur les objectifs à poursuivre et sur les moyens pour y parvenir) impliquent que le patient méconnaît parfois les raisons profondes de sa satisfaction et n’est alors pas en mesure de les attribuer de manière adéquate aux différents éléments qui concourent à sa prise en charge. Les méthodes de mesure de la satisfaction comportent leurs propres limites méthodologiques. Ceci incite à considérer ces mesures comme des éléments d’alerte [3], et ouvre la porte à de nouvelles approches via l’expérience patient par type de parcours. Nous nous sommes appuyés sur deux retours d’expérience :

  • une vidéo sur l’expérience patient1, du centre hospitalier universitaire de Sherbrooke au Canada, propose de se mettre à sa place grâce à l’écoute et la bienveillance, pour identifier des actions d’améliorations ;
  • la plateforme Hospitalidee2 propose aux établissements de nourrir le lien de confiance avec la population via internet, grâce à la valorisation des questionnaires de sortie notamment ; et offre une restitution générale et visuelle de ceux-ci ainsi qu’un accès à leurs résultats détaillés, verbatim inclus.
Atelier de la Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne privés non lucratifs (Fehap)

Certification dans le champ sanitaire et évaluation dans le champ social et médico-social : quelles convergences ?

La HAS et trois gestionnaires de structures médico-sociales et d’établissements de santé ont tenté de répondre à ce questionIl existe des différences évidentes entre la certification et l’évaluation ; il n’y a notamment pas de référentiel opposable pour l’évaluation, contrairement à la certification. Il y a peu de responsables qualité dans les établissements et services sociaux ou médico-sociaux. Si les évaluations vont être mieux cadrées dans le médico-social, il n’y aura sans doute pas de convergence totale avec la procédure de certification.

Quel est le rôle du management dans cette démarche ?

L’appui par des professionnels de la qualité est essentiel quelle que soit la procédure.

Comment mobiliser les équipes une fois que l’évaluation ou la certification est passée ?

Il faut conserver une culture positive de la qualité, avec créativité. Or on a souvent tendance à mettre l’accent sur ce qui ne va pas.

Quel est le rôle de la HAS et quelles sont les évolutions prévues ?

La HAS a intégré les missions de l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (Anesm). Les rapports de l’inspection générale des Affaires sociales 2017 et Vidal 2018 permettent de voir les lignes directrices à venir en faveur de convergences. D’autre part, le nombre très important d’établissements sociaux et médico-sociaux rend impossible la certification par des experts visiteurs de la HAS. Cette dernière a pour objectif de revoir la procédure d’évaluation en 2021. Dans l’attente, la procédure actuelle s’applique.

Comment vont faire les petits établissements ?

Une mutualisation de moyens est nécessaire pour les établissements de taille modeste.

Atelier Unicancer

Les multiples visages de la démocratie sanitaire : patients acteurs, témoins, ressources, partenaires, éclairés, éduqués, experts…
Où en est-on aujourd’hui de la participation des patients aux décisions qui les concernent ?

L’atelier a proposé un panorama de la démocratie sanitaire dans les centres de lutte contre le cancer (CLCC), en mettant en lumière différentes initiatives en la matière. Ce panorama a permis de discuter la réalité de la démocratie sanitaire dans le domaine spécifique du cancer : une mobilisation ancienne des soignants et des malades ; des projets multiples et innovants ; une hétérogénéité importante des projets, source de richesse ; et des questions à propos du déploiement de ces initiatives.

Atelier de la Plateforme pour l’amélioration continuede la qualité des soins (Paqs) et de l’Alliance francophone pour la qualité et la sécurité des soins (Afquaris)

L’accréditation à l’étranger : expérience du Maroc, de la Tunisie et du Liban et de la Belgique

Cet atelier a permis de présenter un état des lieux et les perspectives des démarches engagées au Maroc, en Tunisie, au Liban et en Belgique en matière d’évaluation de la qualité des soins dans les établissements de santé.

Atelier Neeria

Qualité de vie au travail (QVT), qualité du travail, qualité : nouveaux défis et nouvelles réponses pour les groupements hospitaliers de territoire (GHT)

La restructuration de l’offre territoriale publique et la mise en place des GHT viennent confirmer des lignes de force actuellement constatées au sein de la fonction publique hospitalière. Des ressources humaines à la qualité de la prise en charge des patients, ces nouveautés appellent de nouvelles réflexions et de nouvelles méthodologies d’action. Lors de cet atelier, Neeria a mêlé ses expertises en matière de ressources humaines hospitalières, et de consolidation de données issues de 35 000 réponses aux enquêtes QVT dans les fonctions publiques territoriale et hospitalière. Ce pour proposer une vision intégrée et territorialisée de la qualité de vie au travail et d’un des chemins pour y parvenir : la qualité du travail des professionnels de santé et l’évolution des démarches qualité qui les soutiennent.

Atelier de l’Institut pour la qualité et la sécurité en santé (IQS)

Le développement professionnel continu (DPC) pour les professionnels des établissements de santé et médico-sociaux à l’aube de 2019 : un nouveau regard pour l’adopter

Cet atelier a permis de partager les principes et les enjeux du DPC : les objectifs étaient de comprendre la procédure ; savoir concevoir et proposer une action de DPC ; savoir choisir une action de DPC, individuelle ou en équipe ; savoir enregistrer sa participation au DPC ; et savoir valider son obligation de DPC.

Atelier de la Fédération des organismes régionaux et territoriaux pour l’amélioration des pratiques et organisations en santé (Forap)

Donner du sens à l’efficience, de la mise en pratique de toutes les dimensions de la qualité à l’optimisation du résultat pour les patients

En France, l’évaluation de la démarche qualité-sécurité des établissements de santé a pour but de rendre les prises en soins plus normées, plus efficaces, plus sûres, et ce pour un moindre coût. En une vingtaine d’années, cette démarche est passée d’une approche technique exigeant la conformité des actes, à une approche plus sociologique intégrant les facteurs humains et organisationnels. Cependant, notre approche reste celle des seuls professionnels de la santé. Aussi, nos attentes sont-elles toujours exactement celles des patients ?

Intégrer les patients dans notre système d’évaluation permet de juxtaposer nos exigences professionnelles d’une part à leur inquiétude quant au possible impact des soins sur leur qualité de vie et leur autonomie, et d’autre part à leur souhait de pouvoir s’orienter convenablement dans notre système de soins. Leur attente est donc de pouvoir s’appuyer sur des indicateurs de résultats fonctionnels et de qualité de vie qui soient transparents et publics.

Or, pour une même prise en soins, il existe une variation des résultats d’un établissement à un autre. Il nous faut accepter que cette variation devienne une dynamique d’amélioration et d’excellence.

L’atelier Forap s’est ainsi attaché à partager le retour d’expérience de deux établissements français et d’un établissement belge, autour de leur stratégie qualité-sécurité et de la mesure d’indicateurs de résultats qui comptent pour le patient.

Table ronde

La certification demain : certifier les équipes, les établissements ou le système ?

Cette table ronde a été animée par M. Madelmont, directeur de SPH Conseil, et a rassemblé Mme Chevrier, de la HAS ; le Pr Matillon, de l’université Lyon 1 ; Mme Ollivet, représentante des usagers et membre de la conférence régionale de santé et de l’autonomie Île-de-France ; le Dr Romero, du centre Léon Bérard (Unicancer) ; et M. Herbaux, de la PAQS ASBL.

Les nouveautés de la V2020

Désormais, deux documents devront être remis à la HAS, l’un sur les établissements, et l’autre sur le management et la coordination des parcours au niveau des groupes hospitaliers. Le risque d’une vision plus macro ? Noyer les résultats.

La concertation au sujet de la certification HAS version 2020 s’achèvera au printemps 2019. Elle évaluera non plus seulement les résultats mais aussi les processus, par exemple le « travailler ensemble » des équipes ; d’autre part, elle intégrera mieux les usagers.

Prendre en compte l’expérience patient

En ce qui concerne la prise en compte de cette expérience patient dans les résultats, la cancérologie fait figure de pionnière. En Belgique, les stratégies qualité et gestion des risques développées dans toutes les structures doivent déjà être en phase avec le bénéfice patient. La démocratie sanitaire et l’expression de chacun posent toutefois de nombreuses questions.

Certification des réseaux : un défi !

À Bruxelles, un projet de création de normes sur le travail en réseau, tous acteurs confondus, est en cours. Déjà que pour évaluer ou certifier des établissements, mettre en place des indicateurs reproductibles et institutionnalisables est un vrai challenge… aussi, comment évaluer, au sein d’un parcours ville-hôpital par exemple, la production de chacun, la production du réseau, et la coordination ?

La recertification des médecins

Le Pr Matillon, représentant le Pr Uzan missionné par la ministre des Solidarités et de la Santé pour permettre de définir une procédure d’actualisation régulière des compétences des médecins, a clôturé cette plénière. Il a présenté les préconisations de leur rapport sur la recertification individuelle des médecins [4].

Atelier du groupe hospitalier Nord-Essonne

Comment la simulation optimise la culture qualité gestion des risques (QGDR) et impacte le management et la QVT ?

Le groupe hospitalier Nord-Essonne (GHNE) a présenté aux JIQHS un retour d’expérience sur la diffusion de la culture QGDR par le jeu.

Les établissements du GHNE s’étant profondément transformés en peu de temps, dans ce contexte de changements répétés, de pénibilité vécue du quotidien, il était nécessaire de faire preuve de créativité.

Un séminaire QGDR a été organisé dans cet objectif à pour les professionnels des pôles du groupe. À cette occasion nous avons choisi d’innover par la mise en place d’un tournoi pluriprofessionnel autour de jeux et de simulations ayant pour thème :

  • la gestion des risques : deux jeux de plateau pour sensibiliser à la déclaration des évènements indésirables et à l’analyse systémique (chronologie, facteurs contributifs, etc.) ;
  • la culture : jeu de questions/réponses et Taboo sur des concepts QGDR ;
  • le parcours du patient : jeu de l’oie dont les cases retracent le parcours d’un patient.

Les jeux ont été présentés aux participants de l’atelier, qui ont trouvé nos idées très créatives et innovantes.

L’équipe qualité a poursuivi l’atelier en présentant les projets à venir utilisant le jeu pour faire passer les messages clés :

  • programme de formation de sept modules thématiques, le dernier module constituant une synthèse des thématiques abordées et une évaluation ;
  • création d’un e-learning en interne ;
  • Animations lors de la semaine sécurité patient afin de sensibiliser les usagers.
Atelier Paqs ASBL

À la recherche d’outils innovants : soyons efficients ! Regard croisé sur la méthodologie TeamStepps qui vise l’amélioration du travail en équipe

Cet atelier avait un double objectif : présenter la méthodologie Team Strategies and Tools to Enhance Performance and Patient Safety (TeamStepps) développée par l’Agency for Healthcare Research and Quality, et démontrer que les collaborations à l’intérieur de l’espace francophone permettent des gains d’efficience. En 2015, trois professionnels issus de la Fédération des hôpitaux vaudois et de l’hôpital Riviera-Chablais (Suisse) ont participé à une formation de formateurs TeamStepps aux États-Unis. TeamStepps est une sorte de « couteau suisse » avec des stratégies et des outils permettant d’améliorer la performance des équipes et la sécurité des patients. Ses cinq principes clés sont la structure d’équipe (le patient étant membre de l’équipe de soins), la qualité de la communication, la promotion du leadership, le monitorage de situations avec notamment la représentation partagée et le soutien mutuel permettant la résolution collective de problèmes. Dès son retour, le travail de l’équipe pionnière suisse a été non seulement de traduire la documentation mise à disposition, mais aussi d’adapter les vidéos et les supports pour l’enseignement et la diffusion de TeamStepps à un public francophone. C’est en 2017 qu’un projet pilote sur cette méthodologie a vu le jour en Belgique, et ce grâce à une collaboration rapprochée avec l’équipe suisse. La Paqs ASBL travaille aujourd’hui à la traduction et à la validation d’outils permettant de mesurer l’impact de cette méthodologie. Ceux-ci seront partagés au sein du réseau francophone TeamStepps qui se met en place. En France, l’intérêt pour cette méthodologie existe également et la complémentarité entre TeamStepps et le programme d’amélioration continue du travail en équipe (Pacte) a été soulignée.

Atelier IQS / HAS

Les indicateurs qui comptent pour les patients : lesquels ? Pourquoi ?

Les objectifs de cet atelier étaient de comprendre les enjeux et le périmètre de ces indicateurs, de faire un état de leur développement en France, et d’identifier leurs usages potentiels. L’atelier était modéré par le Pr Michel de l’IQS et le Dr May-Michelangeli de la HAS, et a laissé place aux interventions du Dr Mougeot, sociologue en santé publique, du Pr Ravaud et de M. Tran du centre de recherche épidémiologie et statistique Sorbonne Paris Cité, et de cette dernière dont voici le résumé :

En avril 2016, la HAS a lancé la mesure en continu de l’expérience et de la satisfaction des patients pour ceux hospitalisés plus de 48 heures dans tous les établissements de médecine – chirurgie – obstétrique (MCO). Il s’agit du 1er résultat directement issu du point de vue du patient ET commun à tous les établissements de santé français. Ce dispositif progresse chaque année.

De retour à domicile, le patient peut répondre à un questionnaire combinant à la fois des questions de mesure de sa satisfaction et de son expérience avec la possibilité de commentaires libres.

Ce dispositif e-Satis existe désormais pour la chirurgie ambulatoire. Il va être consolidé, et étendu aux soins de suite et de réadaptation et à l’hospitalisation à domicile.

L’indicateur, qui est calculé annuellement pour chaque établissement de santé, est le score de satisfaction globale et d’expérience patient. Il s’agit d’une note sur 100, fiable et standardisée. Cet indicateur permet la comparaison entre les établissements de santé, et est diffusé publiquement sur le site www.scopesante.fr.

Atelier Fnehad

Améliorer la pertinence du recours à l’hébergement hospitalier : les apports de l’HAD

Cet atelier visait à illustrer comment l’hospitalisation à domicile (HAD) peut améliorer la pertinence du recours à l’hébergement hospitalier.

La HAS a présenté l’algorithme d’aide à la décision d’orientation des patients en HAD (Adop-HAD)3, élaboré en 2017. Désormais disponible sous forme d’application, il permet à tous les médecins d’évaluer en quelques clics si un patient est éligible à une prise en charge en HAD.

Un partenariat entre Santé service Dax et le CH de Dax en matière de chirurgie gynécologique a été présenté. Il s’agit, pour certaines patientes, de sortir précocement de l’établissement MCO pour bénéficier d’une prise en charge en HAD. Ce partenariat a permis, en 2018, la réalisation de 88 séjours HAD avec une durée moyenne de séjour au CH de Dax de 1,55 jour (-23 %) et en HAD de 2,5 jours. Le taux de satisfaction des patientes est de 90 %.

Enfin, la Fondation santé service (FSS) a présenté un projet innovant d’« HAD anticipée » aussi nommée « dossiers dormants en HAD ». Il arrive que les délais habituels de mise en place de l’HAD (+/- 48 heures), notamment dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), ne permettent pas d’éviter l’hospitalisation du résident. Pour réduire ces situations, la FSS et les Ehpad Orpéa des Hauts-de-Seine ont construit un process de signalement des situations à risque avec construction d’un projet d’HAD anticipée, permettant un déclenchement de la prise en charge dans la journée si nécessaire.

Conférence plénière

L’expérience patient : un tournant dans la qualité ?

Cette conférence a été introduite par M. Kouévi, directeur de l’Institut français de l’expérience patient. Le Pr Pomey a ensuite présenté le savoir-faire québécois sur ce sujet.

Les savoirs expérientiels des patients, que ce soit avec la maladie ou l’utilisation du système de santé, sont une source incontournable pour nos systèmes de santé, afin de mieux répondre aux besoins des patients et de leurs proches mais aussi pour améliorer leur état de santé. Dans cette présentation, nous nous sommes attardés tout d’abord à rappeler que nous sommes rentrés dans l’aire de la troisième médecine axée sur les maladies chroniques [5], mais aussi à situer comment l’expérience des patients est mobilisée dans le cadre du partenariat de soins et de services. En effet, le partenariat considère les patients comme des soignants amenés à poser des gestes pour se soigner et qui sont donc des membres à part entière de l’équipe de soins, ayant leurs propres connaissances, compétences et limites, comme tous les autres membres de l’équipe. Le patient est donc amené à développer ses propres compétences et connaissances de soins et d’utilisation des services de santé, afin qu’il puisse prendre des décisions et réaliser des actions en fonction de son projet et de son contexte de vie.

Cette réflexion nous amène à proposer un modèle, inspiré des travaux de Donabedian [6], de Carman et al. [7] et de Pomey et al. [8] permettant de montrer comment l’expérience des patients est mobilisée pour améliorer la qualité des soins et des services mais aussi l’état de santé des personnes aux niveaux individuel et collectif (Figure 1).

En effet, il est possible de montrer que les savoirs expérientiels des patients peuvent être mobilisés de différentes façons (négative et/ou positive), avec une intensité variable (consultation, collaboration et/ou coconstruction), à des niveaux variables (politiques, organisationnels et/ou clinique, ainsi qu’aux niveaux individuel ou collectif). Lors de cette présentation, nous avons exposé de nombreux exemples au Québec, innovants et réussis, venant illustrer ce modèle. Nos systèmes de santé ne peuvent plus passer à côté de ces savoirs qui, mobilisés à bon escient, permettent de contribuer à identifier des pistes d’amélioration, à trouver des solutions et à proposer des innovations dans nos systèmes de santé.

Table ronde plénière

Performance et efficience : quelles évolutions ?

Cette table ronde, concluant les JIQHS 2018, a été introduite par Pierre Girault, directeur développement qualité et coordination du système de management intégré d’Air France, qui a présenté la manière dont cette entreprise intègre dans son système de management la question de la maîtrise des risques et de la performance. Le même désir de maîtrise des risques et des processus anime le secteur hospitalier, ce qui a permis aux délégués et présidents des fédérations présents (Fédération hospitalière de France [FHF], Fédération de l’hospitalisation privée [FHP], Unicancer, Fnehad, Fehap) de dresser des parallèles entre l’univers aérien et celui des établissements de santé. Que ce soit au travers de l’objectif de tendre vers un risque zéro, dans la recherche d’excellence et d’innovation, ou encore au travers de la multiplicité des métiers et des qualifications, les univers hospitalier et aérien se ressemblent mais n’évoluent pas au même rythme, notamment sur la question de l’efficience.

La question de la pertinence des soins a été au cœur des débats, car elle reste un enjeu majeur de performance, aux acceptions multiples : pertinence des actes, prescriptions, prises en charge, parcours, etc. Chacune des fédérations citées développe ainsi des actions visant à exploiter ces gisements d’efficience, dans une logique de décloisonnement des organisations.

Tous les participants à cette Table ronde se sont ainsi accordés sur le fait que la transformation du système de santé passe par sa simplification et une meilleure coordination des acteurs de santé, que le modèle de financement devra traduire. Les attentes sont importantes sur ce sujet, car le financement doit permettre de renforcer la place de la qualité dans l’organisation des soins et d’inciter les acteurs de santé à travailler collectivement au service du patient. 


Les posters – 5 équipes primées parmi les 47 posters présentés

Le prix du jury a été attribué à Marie-Ève Perrin et à Isabelle Francisco (photo ci-dessous : 2e et 3e en partant de la droite) des hôpitaux du Sud Haute-Marne, pour leurs posters intitulés « Certification commune et solidaire : une démarche qualité de territoire » et « Un pack d’outils adaptés pour la réussite d’une évaluation interne d’Ehpad de territoire ».

Le prix IQS a été remis à l’équipe de Qualirel Santé (photo ci-dessous : ses deux représentants sont tout au fond), structure régionale d’appui de la région Pays de la Loire, pour les trois posters qu’elle a présentés : « Évaluer avec les usagers : un outil ludique et innovant pour le recueil de la satisfaction et l’expérience »1, « Professionnels, usagers : évaluons nos parcours de santé en équipe ! Mobilisons la méthode du patient traceur ! »2, et « BD Histoire de patient : un vecteur de communication entre soignants et soignés autour de la qualité et la sécurité des soins »3.

Le prix Faqss a été décerné au groupe régional d’identitovigilance des établissements de santé (Grives) de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur (photo ci-dessous : sa représentante est la 3e en partant de la gauche), pour son poster présentant son serveur régional d’identification et de rapprochement.

Le prix de la revue Risques & Qualité a récompensé Catherine Dewulf (non représentée sur la photo ci-dessous), du centre hospitalier du Havre, pour son poster sur « La biographie hospitalière en soins palliatifs : de l’expérimentation locale à l’extension sur un territoire de santé ». La biographie hospitalière consiste à proposer à des patients en fin de vie de raconter leur histoire, afin d’en faire un livre.

Le prix du public a distingué Florent Jacquet (photo ci-dessous : 2e en partant de la gauche) et ses collègues du centre hospitalier universitaire de Nîmes, pour leur poster présentant un serious game pour s’entraîner aux situations sanitaires exceptionnelles.

Notes :

1- Pour en savoir plus : http://www.qualirelsante.com/accompagnement/eau-2/ (Consulté le 24-01-2019).
2- Pour en savoir plus : http://www.qualirelsante.com/publications-outils/professionnels-usagers-evaluons-nos-parcours-de-sante-en-equipe/ (Consulté le 24-01-2019).
3- Pour en savoir plus : http://www.qualirelsante.com/publications-outils/bd-histoires-de-patients/ (Consulté le 24-01-2019).


Pour en savoir plus… – Surfez !

Sur les sociétés savantes partenaires…

En France

  • Fédération française des associations « Qualité & sécurité en santé » (Faqss),
    et la Société française de gestion des risques en établissement de santé (Sofgres) : http://www.faqss.eu/
  • Institut pour la qualité et la sécurité en santé (IQS) : https://iqs-sante.fr/

    Institut français de l’expérience patient : http://www.experiencepatient.fr/

À l’étranger

Sur les structures régionales d’appui partenaires…

En France

  • Fédération des organismes régionaux et territoriaux pour l’amélioration des pratiques et organisations en santé (Forap) : http://www.forap.fr/

À l’étranger

  • Plateforme pour l’amélioration continue de la qualité des soins – Association sans but lucratif (Paqs ASBL) – Belgique francophone : https://www.paqs.be/fr-BE/Accueil

Remerciements : Merci à tous les intervenants des ateliers et des plénières, aux exposants et aux nombreux participants de ces deux journées.

Notes :

1- Accessible à : https://www.youtube.com/watch?time_continue=6&v=vPQ9AJ8LtXA (Consulté le 18-02-2019).
2- Accessible à : https://www.hospitalidee.fr/ (Consulté le 18-02-2019).
3- Accessible à : https://adophad.has-sante.fr (Consulté le 23-01-2019).

Références

1- Haut Conseil de la santé publique (HCSP). Évaluation du programme national de sécurité des patients 2013-2017. Paris: HCSP, « Évaluation », mai 2018. 212 p. Accessible à : https://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=677(Consulté le 29-08-2018).

2- Ordonnance n° 96-346 du 24 avril 1996 portant réforme de l’hospitalisation publique et privée. JORF n° 98 du 25 avril 1996, p. 6324. Accessible à : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000742206&dateTexte=19960425 (Consulté le 18-02-2019).

3- Lopez A, Rémy P-L. Mesure de la satisfaction des usagers des établissements de santé – Rapport n° RM2007-045P. Inspection générale des affaires sociales (Igas) ; mars 2007. 134 p. Accessible à : https://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/074000592.pdf (Consulté le 18-02-2019).

4- Uzan P. Mission de recertification des médecins – Exercer une médecine de qualité grâce à des connaissances et des compétences entretenues. Ministère des Solidarités et de la Santé, ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ; novembre 2018. 69 p. Accessible à : https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_recertification_05112018.pdf (Consulté le 05-02-2019).

5- Grimaldi A. Les maladies chroniques, vers la 3e médecine. Paris: Éditions Odile-Jacob ; 2017.

6- Donabedian A. Evaluating the Quality of Medical Care The Milbank quarterly 2005; 83(4): 691-729.

7- Carman KL, Dardess P, Maurer M, et al. Patient And Family Engagement: A Framework For Understanding The Elements And Developing Interventions And Policies. Health Affairs 2013; 32(2): 223-231.

8- Pomey MP, Flora L, Karazivan P, et al. Le «Montreal Model»: enjeux du partenariat relationnel entre patients et professionnels de la santé. Santé publique 2015; HS(S1): 41-50.