Depuis une dizaine d’années, la chirurgie connaît une mutation profonde. Les progrès techniques, le recours croissant à des actes moins invasifs, l’essor de l’anesthésie locale et loco-régionale ainsi que l’amélioration des protocoles de récupération ont profondément modifié les organisations opératoires. La chirurgie ambulatoire s’est imposée comme un modèle de référence, conciliant à la fois sécurité, qualité et efficience. Dans son prolongement, se développe aujourd’hui une autre tendance : la réalisation d’actes chirurgicaux hors du bloc opératoire, au sein d’établissements de santé ou de structures de ville.
Bien que la chirurgie hors du bloc opératoire soit très attractive pour le patient avec une diminution du stress lié à l’acte, cette pratique chirurgicale reste actuellement sous-développée en France pour différentes raisons notamment d’ordre juridique, assurantiel et financier.
Malgré cela, il existe, au niveau des politiques comme des professionnels, une volonté réelle de développer cette pratique dans notre pays. Celle-ci s’inscrit à la fois dans un contexte d’optimisation des ressources, d’amélioration du confort des patients et de réduction de l’empreinte environnementale. Elle répond aussi à la nécessité d’alléger les programmes opératoires des blocs traditionnels pour mieux réserver ces derniers aux interventions complexes. Cependant, elle soulève un enjeu majeur : comment garantir le même niveau de sécurité vis-à-vis du risque infectieux que celui du bloc opératoire conventionnel malgré la réalisation de cette activité hors de celui-ci ?
C’est précisément à cette question que répond le nouvel avis de la Société Française d’Hygiène Hospitalière (SF2H) Relatif au périmètre et aux exigences en matière de prévention du risque infectieux applicables à l’activité de chirurgie hors du bloc opératoire. Cet avis définit les conditions dans lesquelles peuvent être réalisés des actes à faible risque infectieux, au sein d’un environnement technique de niveau 1, tel que défini par la Haute Autorité de Santé (HAS).
En tant qu’infirmière de bloc opératoire, j’ai eu le plaisir, avec le Dr Cédric Dananché et le Dr Olivia Keïta-Perse, de copiloter le groupe de travail ayant produit cet avis, tout en étant accompagnée d’un groupe d’experts du sujet. Nous avons commencé par contacter les Conseils nationaux professionnels (CNP) et sociétés savantes de chirurgie et médecine pratiquant des actes pouvant être assimilés à des actes chirurgicaux afin de connaître l’existence d’éventuelles recommandations sur les interventions possiblement réalisables hors du bloc opératoire. J’ai pu constater combien cette collaboration entre chirurgiens et experts en prévention du risque infectieux a été essentielle pour aboutir à un document à la fois pragmatique et rigoureux. Ce travail collectif a permis d’ancrer ces recommandations dans la réalité du terrain, tout en maintenant les exigences fondamentales de l’activité au bloc opératoire : préparation du patient, respect des mesures d’asepsie, importance des comportements et de la rigueur, etc.
L’avis s’applique à des actes chirurgicaux courts, programmés, sous anesthésie locale et avec des suites immédiates ne nécessitant pas de surveillance post-opératoire. Il rappelle avec clarté que, si le cadre architectural et technique est allégé, les exigences de maîtrise du risque infectieux demeurent très proches de celles requises au bloc opératoire. Les points majeurs portent notamment sur :
- la sélection des actes éligibles à une réalisation dans un environnement technique de niveau 1 selon la HAS, ainsi que l’éligibilité des patients ;
- les exigences en termes de configuration des locaux (architecture, ventilation, équipement, etc.) ;
- les mesures de prévention du risque infectieux, notamment celles relatives :
– à la prise en charge du patient (préparation cutanée, pratiques d’asepsie) ;
– à la gestion des dispositifs médicaux réutilisables ;
– à la formation des professionnels et à la traçabilité des pratiques ;
- le signalement et la surveillance des infections post-opératoires.
En proposant un cadre structuré, la SF2H accompagne les établissements et les professionnels dans cette évolution inévitable de la chirurgie moderne, en rappelant que l’allègement technique ne peut en aucun cas signifier un relâchement des exigences en matière de risque infectieux. Cet avis marque une étape importante dans la maturation du concept de « chirurgie hors bloc », conciliant innovation, sécurité et responsabilité.
Néanmoins, la nature des différents actes chirurgicaux présentant une variété très importante, les différents CNP et sociétés savantes devront élaborer et émettre des listes d’actes réalisables hors du bloc opératoire, dans le respect des critères proposés par la SF2H.
La chirurgie hors du bloc opératoire n’est pas une simplification de la chirurgie : c’est une transformation raisonnée, rendue possible par l’expertise des équipes et la rigueur des procédures. Elle illustre parfaitement la capacité du système de santé à évoluer sans jamais compromettre sa priorité absolue : la sécurité du patient.
1- Haute Autorité de santé (HAS). Quels niveaux d’environnements techniques pour la réalisation d’actes interventionnels ? 2010. Accessible à : https://www.has-sante.fr/jcms/c_1024762/fr/quels-niveaux-d-environnements-techniques-pour-la-realisation-d-actes-interventionnels (Consulté le 19-06-2026).
2- Haut Conseil de la santé publique (HCSP). Virage ambulatoire : pour un développement sécurisé. 2021. Accessible à : https://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=1078 (Consulté le 27-11-2024). (Consulté le 19-06-2026).
3- Centre d’appui pour la prévention des infections associées aux soins (CPias) Pays de la Loire. Prévention du risque infectieux des actes chirurgicaux hors bloc opératoire ou « office-based surgery ». 2022. Accessible à : https://www.cpias-pdl.com/images/GROUPES%20DE%20TRAVAIL/Bloc%20op/GUIDE%20PRATIQUE%20CHIR%20HORS%20BO%202022%20CPIAS.pdf (Consulté le 03-07-2026).
4- Mathelin C, Johanet H, Rozenberg P. La chirurgie hors bloc : l’appel de l’Académie nationale de chirurgie et du Collège national des gynécologues et obstétriciens français. Gynecol Obstet Fertil Senol. 2025;53(6):271-272.
5- Berglas NF, Battistelli MF, Nicholson WK, et al. The effect of facility characteristics on patient safety, patient experience, and service availability for procedures in non-hospital-affiliated outpatient settings: a systematic review. PLoS One. 2018;13:e0190975.
6- Young S, Shapiro FE, Urman RD. Office-based surgery and patient outcomes. Curr Opin Anaesthesiol. 2018;31:707-712.