Alors que l’Europe a célébré, comme chaque année, la Journée européenne de sensibilisation aux antibiotiques le 18 novembre, de nouvelles données publiées par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) révèlent une dure réalité : la résistance aux antimicrobiens (RAM) continue d’augmenter dans l’ensemble de l’Union européenne et de l’Espace économique européen (UE/EEE), menaçant d’inverser des années de progrès médicaux. Malgré les efforts résolus déployés par les pays et les professionnels de la santé, l’Europe n’est pas en bonne voie pour atteindre quatre des cinq objectifs en matière de résistance aux antimicrobiens fixés par le Conseil de l’UE pour 2030. L’augmentation de la résistance aux antimicrobiens, conjuguée à une pénurie de nouveaux traitements efficaces, constitue une crise majeure de santé publique en pleine évolution en Europe et dans le monde. Dans un monde interconnecté, la résistance aux antimicrobiens complique encore les problèmes de santé qui découlent des maladies non transmissibles, des changements démographiques et des pénuries de personnel de santé.
Résistance aux antimicrobiens dans l’UE/EEE (EARS-Net) – Rapport épidémiologique annuel 2024
Des augmentations des incidences estimées des bactériémies dues à des bactéries résistantes dans l’UE/EEE ont été constatées pour de nombreuses bactéries et classes d’antimicrobiens sous surveillance durant la période 2020-2024, telles que E. coli résistant aux carbapénèmes, toutes les formes de résistance de Streptococcus pneumoniae et Enterococcus fæcium résistant à la vancomycine.
La situation en matière de résistance aux antimicrobiens rapportée par les pays de l’UE/EEE variait largement selon l’espèce bactérienne, la classe d’antimicrobiens et la région géographique. Une résistance plus élevée était généralement signalée par les pays d’Europe du Sud, d’Europe centrale et d’Europe de l’Est. Pour chaque espèce bactérienne, les synthèses nationales fournissent des informations propres à chaque pays concernant l’incidence estimée des bactériémies à bactéries résistantes (y compris les objectifs européens recommandés en matière de résistance aux antimicrobiens), le pourcentage d’isolats invasifs résistants, la disponibilité des données et la proportion de patients en unité de soins intensifs. Les résultats par classe d’âge et par sexe sont disponibles dans l’Atlas de surveillance des maladies infectieuses de l’ECDC : https://atlas.ecdc.europa.eu/
Les estimations fondées sur les données d’EARS-Net de 2020 indiquent que, chaque année, plus de 35 000 personnes meurent dans l’UE/EEE des suites d’infections dues à des bactéries résistantes aux antimicrobiens. Les progrès insuffisants dans l’ensemble au regard des objectifs européens en matière de résistance aux antimicrobiens, ainsi que les nombreuses augmentations des incidences estimées de bactériémies à bactéries résistantes dans l’UE/EEE, mettent en évidence la nécessité urgente de renforcer l’action de santé publique contre la résistance aux antimicrobiens.
La Recommandation du Conseil relative au renforcement de l’action de l’UE pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens dans une approche Une seule santé (2023/C220/01) encourage les États membres à élaborer et mettre en œuvre des plans d’action nationaux contre la résistance aux antimicrobiens, et souligne la nécessité pour ces États d’allouer les ressources humaines et financières appropriées pour assurer une mise en œuvre efficace de ces plans. Il est peu probable que l’UE atteigne l’ensemble de ses objectifs en matière de résistance aux antimicrobiens d’ici 2030 à moins de mettre en place une action de santé publique plus soutenue et plus rapide. En outre, la résistance aux antimicrobiens continuera de compromettre la préparation de l’UE, entraînant une augmentation du nombre d’infections dues à des bactéries résistantes, plus difficiles à traiter, de plus grands défis pour la sécurité des patients et une hausse de la mortalité liée à la résistance aux antimicrobiens.