Selon un rapport historique publié par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et des partenaires des Nations unies, la violence à l’égard des femmes reste l’une des crises les plus anciennes et les moins prises en compte dans le domaine des droits humains, très peu de progrès ayant été enregistrés en deux décennies. Près d’une femme sur trois – soit environ 840 millions de femmes dans le monde – est victime de violences conjugales ou sexuelles au cours de sa vie, un chiffre qui a à peine changé depuis 2000. Ces 12 derniers mois, 316 millions de femmes – soit 11% des femmes âgées de 15 ans ou plus – ont été victimes de violences physiques ou sexuelles de la part d’un partenaire intime. Le recul de la violence entre partenaires intimes est malheureusement lent, la baisse annuelle étant de 0,2% seulement au cours des deux dernières décennies. Le rapport comprend pour la première fois des estimations nationales et régionales de la violence sexuelle venant d’une autre personne que le partenaire. Il indique que 263 millions de femmes ont été victimes, depuis l’âge de 15 ans, de violences sexuelles de la part d’une autre personne que le partenaire. Selon les spécialistes, ce chiffre est largement sous-estimé en raison de la stigmatisation et de la peur.
Le nouveau rapport, publié avant la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles, célébrée le 25 novembre, est le résultat de l’étude la plus complète sur la prévalence de ces deux formes de violence à l’égard des femmes. Il actualise les estimations de 2018 publiées en 2021. Il analyse les données entre 2000 et 2023 provenant de 168 pays et révèle de manière saisissante que la crise est très largement négligée et que les mesures sont bien insuffisamment financées. Malgré la quantité croissante de données montrant qu’il existe des stratégies efficaces pour prévenir la violence à l’égard des femmes, le rapport indique que le financement de ces initiatives s’effondre, alors même que les urgences humanitaires, les évolutions technologiques et le creusement des inégalités socio-économiques augmentent encore les risques pour des millions de femmes et de filles. Par exemple, en 2022, seulement 0,2% de l’aide mondiale au développement a été allouée à des programmes axés sur la prévention de la violence à l’égard des femmes, et le financement a encore diminué en 2025.
Les femmes victimes de violence sont exposées à un risque de grossesse non désirée, courent un risque accru d’infection sexuellement transmissible et souffrent de dépression. Les services de santé sexuelle et reproductive sont un point d’entrée important pour les victimes, qui peuvent y recevoir les soins de qualité dont elles ont besoin. Le rapport souligne que la violence à l’égard des femmes commence tôt et que les risques persistent tout au long de la vie. Par exemple, au cours des 12 derniers mois, 12,5 millions d’adolescentes âgées de 15 à 19 ans, soit 16% d’entre elles, ont subi des violences physiques et/ou sexuelles de la part d’un partenaire intime. Bien que la violence concerne tous les pays, les femmes qui vivent dans les pays les moins avancés, en proie à des conflits ou vulnérables en raison du climat sont touchées de manière disproportionnée. Par exemple, l’Océanie (à l’exclusion de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande) rapporte une prévalence de 38% de la violence entre partenaires intimes au cours de l’année écoulée, soit plus de trois fois la moyenne mondiale de 11%.