On est bien d’accord : Hygiènes est une revue formidable bien que… « non indexée ». Or pour une revue médicale, obtenir une indexation particulièrement dans la base internationale Medline1 présente plusieurs avantages notables : meilleure reconnaissance par le milieu, participation au système typiquement français Sigaps2 et de ce fait, contribution au financement Recherche des établissements de santé selon les modalités Merri3, contribution à la promotion universitaire des jeunes auteurs4, meilleure diffusion internationale des textes publiés grâce à PubMed5, etc. Ce n’est pas rien. Nous avons fait deux tentatives en vain. La dernière en 2014. À l’avenir, les suites éventuelles devraient être étudiées et décidées par les nouveaux responsables de la revue et bien sûr notre Société mère, la SF2H.
Comment ont été motivés les deux refus d’indexation par le Literature Selection Technical Review Committee, un comité organisé par la National Library of Medicine (Bethesda, USA) ? En fait, ce n’est pas vraiment si clair. Dans les tableaux d’évaluation, le niveau Moderate était choisi pour la majorité des critères, et le niveau Good seulement pour les auteurs et pour nos conseils. Une lettre mentionne que la revue est une revue plutôt (ou trop) professionnelle et qu’elle n’est pas essentiellement une revue de recherche. Ce n’était pas clairement dit, mais on sentait aussi qu’une revue en anglais, cela aurait été mieux.
Bon, on le savait : depuis sa création, Hygiènes est une revue francophone mixte, à la fois professionnelle et de formation. Elle publie aussi des recherches et évaluations issues du milieu professionnel, lorsque cela semble utile au travail de terrain.
Considérons ce numéro 4 de juillet-août 2026, que trouvons-nous ? Une première approche de la perception des IAS par la population générale. La méthodologie d’analyse des coûts de fonctionnement d’une unité de cohorting. Des mises au point concernant l’utilisation du bois à l’hôpital, ou les risques associés au Bacillus cereus, une bactérie naturellement présente dans l’environnement, ou encore la gravissime diffusion d’Ebola en République démocratique du Congo. C’est toujours de la science, souvent de la méthode et de l’évaluation, quelquefois de la recherche.
Alors que faire ?
Attendre que le système évolue (en France et dans le monde) est une première option. Car s’il a une réelle utilité, le système actuel a aussi des insuffisances et des limites souvent dénoncées. Par exemple :
- Un effet de sur-publication : publier devient une fin en soi, ce qui conduit à des dérives. On a gardé le souvenir de Didier Raoult, le médecin français « qui a récolté le plus de points Sigaps », ce qui a permis à l’AP-HM de collecter beaucoup d’argent. D’où l’injonction à « publier moins pour publier mieux » et de se tenir à distance des nombreuses revues prédatrices. Et aussi de publier les résultats négatifs qui sont d’un grand intérêt potentiel.
- La multiplication du nombre des revues : cette croissance est incroyable surtout pour des revues diffusées gratuitement, mais avec des frais de publication très élevés pour les auteurs.
- L’irruption des publications « artificielles » (par l’IA) : cela devient un vrai défi pour certaines revues. On y échappe encore.
- Des publications multiples sur le même travail : pourquoi faire un seul article plutôt que trois qui vont « rapporter » trois fois plus de points Sigaps.
- Des auteurs multiples : si on associe ses collègues et amis, cela gonfle un peu les bénéfices.
- Et surtout, l’absence de prise en compte de l’intérêt pratique réel du contenu des publications, tant au niveau de l’indexation (Medline) que des contributions financières (Sigaps).
Il n’est pas sûr que les réformes attendues6 apportent une réponse d’ensemble à toutes ces difficultés. En attendant, il me semble que ni la SF2H, ni les animateurs de la revue, ne souhaiteraient renoncer à une revue qui est globalement au service d’une communauté de travail : les acteurs de la prévention des risques infectieux.
Une autre option a été quelquefois évoquée au niveau de nos conseils : séparer d’une façon ou d’une autre les articles ayant une ambition de recherche (donc en anglais et à indexer) de ceux à visée professionnelle et de formation : c’est un sérieux défi, à étudier. Et on peut aussi continuer à présenter notre candidature à la National Library of Medicine, mais je peux vous le dire, c’est un gros travail, peu gratifiant. Enfin on peut explorer d’autres dispositifs d’indexation. Ça existe.
Lecteurs : on attend votre avis sur un défi délicat mais important.
1 - Medline : Base de données bibliographiques dépouillant près de 5000 revues dans tous les domaines biomédicaux : biochimie, biologie, médecine clinique, économie, éthique, odontologie, pharmacologie, psychiatrie, santé publique, toxicologie et médecine vétérinaire, histoire de la médecine. Mise à jour quotidienne.
2- Sigaps : Projet lancé par le centre hospitalier universitaire (CHU) de Lille en 2002, le Système d’interrogation, de gestion et d’analyse des publications scientifiques (Sigaps) a été repris par l’État français pour le financement de la recherche biomédicale.
3- Merri : Missions d’enseignement, de recherche, de référence et d’innovation.
4- Un score minimum est requis pour être candidat MCU-PH et PU-PH.
5- PubMed : Développé depuis 1988 par le National Center for Biotechnology Information (NCBI) à la National Library of Medicine (NLM) des États-Unis, c’est un service de recherches bibliographiques qui donne accès à plus de 25 millions d’articles, dont l’antériorité remonte à 1946. PubMed est le principal moteur de recherche de données bibliographiques de l’ensemble des domaines de spécialisation de la biologie et de la médecine. Il est gratuit et donne accès à la base de données bibliographique Medline.
6- Un colloque a été dédié aux pistes d’évolution possibles du score Sigaps et organisé par le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES) le 20 mars 2024. Voir : https://www.hceres.fr/sites/default/files/media/downloads/restitution-colloque-Sigaps.pdf