Le tourisme médical n’est pas sans risque

Contexte. Le tourisme médical, en particulier pour les interventions de chirurgie esthétique et de chirurgie bariatrique, est devenu de plus en plus fréquent. Cette pratique pose des défis importants lorsque les patients retournent dans leur pays d’origine avec une infection postopératoire nécessitant une prise en charge. Les recommandations thérapeutiques relatives aux infections du site opératoire (ISO) reposent généralement sur les profils locaux de sensibilité aux antibiotiques, qui peuvent ne pas être adaptés lorsque l’intervention a été réalisée à l’étranger, dans des pays présentant des profils de résistance aux antimicrobiens et des pratiques de soins potentiellement différents. Objectif. Décrire les caractéristiques démographiques, les facteurs de risque, la prise en charge chirurgicale, l’étiologie microbiologique et le traitement des ISO chez des patients pris en charge dans des hôpitaux irlandais après avoir bénéficié d’une intervention de chirurgie esthétique ou bariatrique à l’étranger. Méthode. Cette étude prospective, observationnelle et multicentrique a été menée dans quatre centres tertiaires de référence en chirurgie plastique de la République d’Irlande. Une autorisation éthique a été obtenue dans chacun des établissements participants et un formulaire standardisé de recueil des données a permis d’assurer l’homogénéité des déclarations. Les ISO ont été classées selon les critères des Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Les participants éligibles étaient des adultes consultant en République d’Irlande pour une infection survenue après une intervention de chirurgie esthétique ou bariatrique réalisée à l’étranger. Une enquête a également été menée auprès de chirurgiens plasticiens afin de recueillir leur expérience de cette population de patients et de compléter les résultats de l’étude. Résultats. Parmi les 37 patients inclus, 34 avaient bénéficié d’une intervention de chirurgie esthétique et 3 d’une chirurgie bariatrique. Vingt et un patients (57%) avaient été opérés en Turquie. L’abdominoplastie était l’intervention esthétique la plus fréquente (n=17 ; 46%). La majorité des patients (n=34 ; 92%) avait subi une intervention classée comme chirurgie propre. Des cultures microbiologiques significatives ont été obtenues chez 22 patients (59%), avec l’isolement de bactéries à Gram négatif dans 15 de ces cas (68%). Dans 17 cas (77%), les micro-organismes isolés étaient résistants aux antibiotiques recommandés par les protocoles locaux de traitement probabiliste. La durée d’hospitalisation variait de 1 à 107 jours. Conclusion. Les ISO associées au tourisme médical peuvent représenter un défi pour les systèmes de santé locaux et être causées par une grande diversité d’agents pathogènes, de sorte que les recommandations locales de traitement probabiliste sont souvent inadaptées à cette population de patients. Des campagnes d’information du public, un renforcement de la surveillance afin de documenter précisément les tendances émergentes et les complications, ainsi qu’une actualisation des recommandations de traitement probabiliste pour cette population, sont indispensables pour optimiser les résultats cliniques.

Kelly S, O’Sullivan B, White M, et al.

Surgical site infections in the returning medical tourist: bridging the knowledge gap and identifying areas for improvement. J Hosp Infect. 2026. Online ahead of print. Doi : 10.1016/j.jhin.2026.05.033.