Contexte. Les éviers contaminés par des agents pathogènes opportunistes constituent une source d’infections nosocomiales, responsables de morbidité et de mortalité dans les unités de soins intensifs néonatals (Usin). Comprendre le comportement des agents pathogènes dans les éviers est essentiel pour prévenir leur diffusion. Peu d’études ont analysé l’effet de l’environnement des éviers sur la distribution des agents pathogènes via des modifications du microbiote des siphons. Cette étude adopte une approche intégrative pour analyser trois agents bactériens majeurs : Pseudomonas aeruginosa, Stenotrophomonas maltophilia et Serratia marcescens. Méthodes. Les siphons d’éviers de deux Usin ont été échantillonnés sur des périodes de deux et cinq mois. La diversité et l’abondance des agents pathogènes opportunistes ont été déterminées au niveau génotypique. Leur présence a été analysée en fonction des communautés microbiennes, des paramètres de l’eau, de la conception des robinets et de l’utilisation des éviers. Résultats. P. aeruginosa, S. marcescens et S. maltophilia ont été détectées respectivement dans 47%, 39% et 67% des échantillons de siphons. Une faible diversité génotypique a été observée au sein des éviers, avec 1 à 3 génotypes par espèce et par échantillon. Les génotypes dominants persistaient pendant toute la durée d’échantillonnage, témoignant de la persistance de souches d’agents pathogènes opportunistes dans les siphons. La quantification des types de séquences bactériens étudiés variait de 10³ à 10⁷ copies d’ADN/mL. La distribution spatiale hétérogène des trois espèces entre les différents siphons d’éviers était principalement attribuée aux variations de la composition des communautés microbiennes, aux concentrations en chlore et à la conception des robinets. Une souche de Delftia tsuruhatensis (Dt1S33) a été isolée ; sa présence dans l’environnement des éviers était négativement corrélée à celle des trois agents pathogènes opportunistes. Dt1S33 réduisait la capacité de ces agents pathogènes à former des biofilms dans des co-cultures in vitro. Ces résultats soulignent le rôle majeur des facteurs biotiques et abiotiques dans la colonisation des siphons par les agents pathogènes. Importance. Les éviers hospitaliers constituent des réservoirs critiques d’agents pathogènes opportunistes, augmentant le risque d’infections associées aux soins, en particulier chez les populations vulnérables telles que les patients en Usin. Notre étude montre que 39% à 67% des siphons d’éviers étaient colonisés de manière persistante par P. aeruginosa, S. marcescens et S. maltophilia, avec un nombre limité de génotypes dominants sur plusieurs mois. Les profils de colonisation variaient entre les Usin, principalement sous l’influence de la composition des communautés microbiennes et de la conception des éviers. Notamment, la présence de D. tsuruhatensis était négativement corrélée à la colonisation par ces agents pathogènes opportunistes et inhibait la formation de biofilms in vitro. Ces résultats mettent en évidence l’interaction entre facteurs abiotiques et biotiques dans la colonisation des éviers et suggèrent que des bactéries antagonistes pourraient contribuer à réduire la persistance des agents pathogènes. La compréhension de ces mécanismes est essentielle pour développer des interventions ciblées visant à réduire le risque infectieux dans les environnements hospitaliers à haut risque.
Bourdin T, Trottier MC, Benoit M-È, et al.
Ecological dynamics of three persistent opportunistic pathogens in hospital sinks and their potential antagonistic bacteria. mSystems. 2026:e0154625. Doi : 10.1128/msystems.01546-25.