Enquête nationale sur les infections sur cathéter en hématologie : il est nécessaire de renforcer la qualité des soins à l’hôpital et après !

Introduction. Les patients d’hématologie ont besoin de cathéters veineux centraux pour le traitement du cancer et la nutrition, ce qui augmente leur risque de bactériémie associée aux dispositifs intravasculaires. En l’absence de données récentes, cette étude a investigué les bactériémies associées aux dispositifs intravasculaires dans ce contexte spécifique. Méthodes. Une surveillance de trois mois a été réalisée chaque année entre 2020 et 2024 dans 27 services d’hématologie, selon un protocole dérivé de celui du réseau HAI-Net ICU de l’ECDC. Les caractéristiques des patients infectés, les portes d’entrée et les micro-organismes en cause dans les bactériémies associées aux soins, ainsi que dans les bactériémies associées aux dispositifs intravasculaires (cathéter veineux central [CVC], chambre à cathéter implantable [CCI], cathéter central inséré par des voies périphériques [PICC], cathéter midline [MID] et cathéter veineux périphérique [CVP]), le délai entre la pose du cathéter et le début de l’infection, et les incidences exprimées pour 1 000 journées-patient ont été analysés. Résultats. Sur les cinq années, 1 835 patients ont présenté une bactériémie associée aux soins. Aucune variation significative des caractéristiques des patients n’a été observée au cours de la période. Les deux principales portes d’entrée étaient les dispositifs intravasculaires (n=682 ; 37,2%) et le tractus digestif (n=467 ; 25,4%). Les taux d’incidence des bactériémies associées aux dispositifs intravasculaires acquises dans les services participants sont restés stables. Parmi les 682 bactériémies associées aux dispositifs intravasculaires, 648 (95,0%) impliquaient un cathéter veineux central, principalement PICC (42,8%), CCI (25,6%) et CVC (24,8%). La répartition des types de cathéters veineux centraux en cause a évolué sur les cinq années, avec une diminution de la proportion de CVC (311% en 2020 vs 16,8% en 2024) et, inversement, une augmentation des PICC (35,2% en 2020 vs 52,8% en 2024 ; p=0,007). Parmi les micro-organismes identifiés, les staphylocoques à coagulase négative (n=330 ; 40,6%) et les enterobacterales (21,9%) étaient les plus fréquents. Au total, 59 bactériémies (8,6%) étaient dues à des bactéries multirésistantes, sans tendance significative au cours de la période. Sur les 682 cas, 88,2% étaient nosocomiaux, tandis que 11,8% étaient acquis à la suite de soins réalisés en ville ou à domicile. Les deux groupes de bactériémies ne différaient pas en termes de micro-organismes en cause, et l’augmentation de la proportion de bactériémies associées aux PICC était observée dans les deux populations. En revanche, la proportion de bactériémies acquises en ville ou à domicile a significativement augmenté au cours des cinq années, à partir de 2022 (6,9% en 2020, 6,5% en 2021, 11,8% en 2022, 16,4% en 2023 et 18,0% en 2024 ; p=0,006), au détriment des bactériémies nosocomiales. Les bactériémies associées aux PICC étaient plus fréquentes chez les patients ayant une bactériémie acquise en ville ou à domicile (57,7% vs 40,3% pour les bactériémies nosocomiales ; p=0,021). Conclusion. La plupart des bactériémies associées aux dispositifs intravasculaires impliquant un cathéter veineux central étaient tardives, le délai entre la pose du dispositif et le début de la bactériémie étant supérieur à 7 jours dans 84,8% des cas. Les bactériémies nosocomiales étaient toutefois moins souvent tardives (82,8%) que celles acquises en dehors des établissements de santé (97,3% ; p=0,002). Les mécanismes expliquant l’augmentation de la proportion de bactériémies associées aux PICC, survenant longtemps après la pose du cathéter et acquises en service d’hématologie ou en ville/à domicile, doivent être explorés. Étant donné que les staphylocoques, composants habituels de la flore cutanée, sont impliqués dans environ la moitié des bactériémies associées aux PICC, ces résultats questionnent l’adhésion aux techniques aseptiques lors des manipulations de lignes et des changements de pansement, à la fois en hématologie et en dehors de l’hôpital. Pour améliorer la prévention des bactériémies associées aux PICC, ces données devraient inciter les équipes locales de prévention des infections à mettre en place des programmes de formation ciblés visant à renforcer le respect strict de l’asepsie lors des manipulations et des changements de pansement. Comme ces procédures sont de plus en plus réalisées en dehors de l’hôpital, cette formation devrait être étendue au-delà des soignants des services d’hématologie pour inclure les professionnels intervenant à domicile.

van der Mee-Marquet N, Berger P, Dussartre M, et al. Trends in the epidemiology of intravascular device-associated bacteremia among French hematology patients: insights from the Spiadi prospective multicenter study, 2020-2024. Ann Hematol. 2025;104(2):1231-1240. Doi : 10.1007/s00277-024-06154-4.