P. aeruginosa peut-il être aussi un pathogène communautaire s’exprimant pendant un séjour hospitalier ?

Contexte. Identifier précisément les sources et les modes de colonisation ou d’infection à Pseudomonas aeruginosa associées aux soins est crucial pour définir des stratégies de prévention et de contrôle. Objectif. Étudier prospectivement, sur une période d’un an dans un hôpital de soins tertiaires, le rôle de l’environnement hospitalier dans les bactériémies nosocomiales à P. aeruginosa (Pa-BSIs). Méthodes. Les dossiers cliniques des patients présentant une Pa-BSI après plus de 48h d’hospitalisation ont été analysés afin de confirmer le caractère nosocomial des bactériémies et d’identifier les portes d’entrée et les facteurs de risque. Des investigations environnementales ont été menées pour rechercher les sources et réservoirs de P. aeruginosa tout au long du parcours de soins. Les souches cliniques et environnementales ont été comparées par séquençage complet du génome afin d’identifier la voie de contamination depuis l’environnement hospitalier vers les patients. Résultats. Cinquante-trois épisodes de bactériémie chez 49 patients ont été considérés comme nosocomiaux, touchant majoritairement des hommes (73%), d’un âge moyen de 62,4 ans, immunodéprimés dans plus de 40% des cas et ayant reçu une antibiothérapie préalable dans près de 92% des cas. Les bactériémies survenaient en moyenne après 27 jours d’hospitalisation. Les principales portes d’entrée étaient urinaires (30%, avec sonde à demeure dans les deux tiers des cas) et cutanées (17%, liées à un cathéter dans près de 80% des cas). P. aeruginosa a été retrouvé dans 16 des 49 investigations, représentant 34 prélèvements positifs, dont 54% de bondes ou siphons de lavabo, 23% d’échantillons d’eau et 20% d’aérateurs de robinets. Un lien épidémiologique entre souches environnementales et cliniques n’a pu être établi que pour huit patients, soit 15% des bactériémies nosocomiales. Conclusion. L’environnement hospitalier, généralement considéré comme la principale source d’infections à P. aeruginosa associées aux soins, n’a été identifié comme responsable de bactériémies nosocomiales que chez 15% des patients. Depuis la mise en place de mesures de gestion de l’eau et de l’environnement hospitalier, on peut émettre l’hypothèse que P. aeruginosa est devenu un pathogène d’acquisition communautaire dont l’expression est nosocomiale lors de l’infection.

Virieux-Petit M, Ferreira J, Masnou A, et al. Assessing the role of environment in Pseudomonas aeruginosa healthcare-associated bloodstream infections: a one-year prospective survey. J Hosp Infect. 2025;156:26-33. Doi : 10.1016/j.jhin.2024.11.009.