Contexte. La résistance bactérienne aux antibiotiques (RAB) constitue une cause majeure de mortalité dans le monde. Cependant, aucune synthèse des données n’avait jusqu’ici évalué son influence sur la mortalité en milieu hospitalier. Nous avons effectué une revue systématique et une méta-analyse pour quantifier la prévalence et le risque de mortalité associés à la RAB chez les patients hospitalisés, comparativement aux patients infectés par des bactéries non résistantes. Méthodes. Les bases de données Medline, Embase et Cochrane Library ont été interrogées depuis leur création jusqu’au 14 avril 2025 pour identifier les études rapportant la prévalence de la RAB chez des patients ayant acquis une infection à l’hôpital, ainsi que la mortalité correspondante (enregistrement Prospero CRD42023420609). Les estimations groupées de la prévalence et les rapports de risque (RR) non ajustés et ajustés de mortalité liés à la RAB ont été calculés selon un modèle à effets aléatoires. La qualité méthodologique a été évaluée à l’aide de l’outil de la Joanna Briggs Institute, le risque de biais par les diagrammes DOI et l’indice LFK, et la certitude des preuves selon les critères Grade. Résultats. Nous avons identifié 34 études (20 658 patients porteurs d’organismes résistants) provenant de 18 pays, en particulier les États-Unis, la Chine, le Royaume-Uni, le Canada, Israël, le Japon, la Malaisie, la Corée, le Brésil et Singapour. Parmi celles-ci, 33 étaient des études observationnelles tandis que deux études (une étude observationnelle et une étude purement de modélisation) ont modélisé de façon mécaniste le risque de mortalité en relation avec la transmission. Aucune étude n’a été menée dans le sous-continent africain, au Moyen-Orient, en Russie et en Inde. La prévalence de la RAB était élevée chez les patients hospitalisés : prévalence groupée : 36,5%, intervalle de confiance (IC95 [29-44], I²=99%) et associée à une mortalité plus élevée (risque relatif [RR] groupé non ajusté : 1,64, IC95 [1,37-1,97], I²=96,22%, τ²=0,20 ; RR groupé ajusté : 1,58, IC95 [1,33-1,87], I²=85,9%, τ²=0,13) comparativement aux organismes non-RAB. Les analyses de sensibilité ont montré des risques particulièrement élevés pour la mortalité hospitalière et pour les bactériémies associées à la RAB. La qualité des études était généralement jugée élevée, mais des signes de biais de publication ont été observés dans les estimations tant de la prévalence que de la mortalité. La certitude globale des preuves de mortalité a été classée comme faible. Interprétation. La RAB est très répandue dans les établissements de soins à travers le monde et associée à une augmentation de la mortalité hospitalière. Il est notable qu’aucune donnée ne soit disponible pour l’Afrique, le Moyen-Orient, la Russie et le sous-continent indien, et que seules deux études aient utilisé des modèles mécanistes pour explorer le lien entre transmission de la RAB et mortalité. Des recherches complémentaires sont nécessaires, en particulier dans les régions sous-représentées, afin d’orienter les interventions visant à réduire la transmission de la RAB et la mortalité associée en milieu hospitalier.
George NA, Pan D, Silva L, et al. The prevalence and risk of mortality associated with antimicrobial resistance within nosocomial settings-a global systematic review and meta-analysis of over 20000 patients. EClinicalMedicine. 2025;87:103384. Doi : 10.1016/j.eclinm.2025.103384.